Les médias alternatifs en Algérie : un nouveau regard sur l'actualité

Numéro dossier: 97

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Interview de Younes Sabeur Cherif, responsable de la page Envoyés Spéciaux Algériens


« C’est désormais le web qui façonne l’opinion publique en Algérie »


Younes Sabeur Cherif est un jeune journaliste et animateur âgé à peine de 26 ans. Ce jeune étudiant en sciences politiques et relations internationales à l'Université Alger 3 a changé la face des médias en Algérie en créant la première page Facebook de ''journalisme citoyen'', ESA, qui compte aujourd’hui plus de 257 022 fans et des milliers de visiteurs par jour. Cette page Facebook, qui s’est distinguée en décembre 2010 durant le déclenchement du printemps arabe, a pu imposer une nouvelle lecture de l’information, une lecture différente que celle imposée par les médias classiques. Dans cette interview, Younes nous explique comment le web est devenu un média alternatif très influent en Algérie.

Envoyés Spéciaux Algériens est une page Facebook qui compte aujourd’hui plus de 256 361 fans. Parlez-nous de vos débuts ?

ESA est née d’une simple idée, celle que chaque citoyen a le droit de s’informer et d’informer. Les débuts étaient un peu timides en juillet 2010, mais rapidement les gens ont adhéré aux principes de la page, et l’initiative est devenue pour beaucoup d’internautes un lieu de débat, et surtout un défouloir où la liberté d’expression est totalement garantie. En janvier 2011, ESA a fait un énorme buzz surtout avec les émeutes qu’a connu la capitale, les gens s’informaient directement à travers la page.

Qu’est-ce qui vous a amené à créer cette page ?

L’une des importantes raisons, c’est le verrouillage médiatique imposé par le régime. En 2010, un an après le 3ème mandat du président Bouteflika, il n’y avait ni chaîne privée, ni sites d’information indépendants. Du coup, nous avons pensé à créer un espace libre d’échange d’informations, et je pense que le pari est réussi.. Aujourd’hui, je suis fier de dire qu’Envoyés Spéciaux Algériens a vraiment laissé ses empreintes sur la toile et la scène médiatique algérienne.

Qu’est-ce qui a fait selon vous votre notoriété ?
 
Je pense que la notoriété est due au manque de supports médiatiques web en Algérie. ESA n’a fait que remplir un vide. Autre chose, je pense que le ton de liberté élevé sur la page pousse les gens à venir consulter et débattre sur la page ESA.

Que pensez-vous de la place du web comme média alternatif en Algérie ?

Le web comme média alternatif a une véritable place face au manque d’indépendance des médias classiques, qui subissent généralement des pressions des autorités ou des lobbies médiatiques. Le web représente donc un échappatoire à cet étouffement de la liberté d’expression.

Est-ce que les sites internet et les blogs participent, à votre avis, à la liberté d’expression en Algérie ?

Absolument ! Et pas seulement cela. L’activité sur le web algérien participe à faire murir les débats de l’opinion publique sur les grandes questions de l’actualité.

A votre avis, quel est le contexte de la presse en ligne en Algérie ?

Il reste toujours fragile et non-encadré, mais je préfère qu’il soit ainsi que d’être contrôlé par les autorités !

Comment le web influence-t-il l’opinion publique en Algérie ?

Nous avons assisté à plusieurs cas où le web était déterminant sur des questions internes. Plusieurs polémiques naissent sur le web, comme celle de Hamadache-Kamel Daoud.