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Géolocalisation : jusqu'à quand s'en priver ?

Géolocalisation : jusqu'à quand s'en priver ?

Numéro dossier: 94

Index de l'article

En Algérie, « tous les secteurs, tous les professionnels ont besoin de données géographiques »

Abdelmalek Bellaouane est le directeur de Graphic Project Center GPC DZ, une société de production de données géographiques et de services qui représente, aujourd’hui, un acteur majeur dans le domaine de la géomatique en Algérie. GPC DZ est aujourd’hui le seul opérateur à fournir une solution globale et spécifique à chaque métier en Algérie en matière de production de données géographiques.

Pour dresser un état des lieux de ce domaine, comprendre pourquoi la cartographie est un marché qui n’arrive pas encore à se frayer une place en Algérie, pourquoi sommes-nous nettement en retard par rapport à nos voisins maghrébins en matière de sociétés spécialisées dans la production de données géographiques, comment est-ce que les entreprises algériennes peuvent s’organiser pour mieux bénéficier des services que propose GPC DZ et introduire la cartographie et la Géomatique, quel avenir a ce marché en Algérie, M. Bellaouane nous apporte des éléments de réponse.

GPC DZ est aujourd’hui un acteur majeur dans le domaine de la géomatique. Vous existez depuis déjà cinq ans. Peut-on avoir un descriptif de votre entreprise ?

GPCDZ est une société de production de données géographiques et de services. Créée en mai 2009 et implantée dans la commune de Chéraga, elle intervient aussi dans le domaine relevant des Sciences Géographiques. Nous apportons une attention particulière à l’écoute et à la compréhension des attentes de nos clients et partenaires en fournissant une solution globale et spécifique à chaque métier en Algérie. Notre principale mission est de mettre à la disposition de nos clients des moyens matériels et logiciels modernes ainsi qu’un savoir-faire, divisés par pôles de métiers, sur la base de techniques de production de données géographiques. Nous nous adressons aussi bien aux professionnels qu’aux non professionnels de la cartographie en Algérie en mettant à leur disposition des experts pouvant les assister et leur permettre de : connaître leur territoire, faire parler leur territoire, gérer leur territoire, et communiquer et partager leurs informations territoriales. Nous avons des partenariats commerciaux.

Nous représentons les leaders mondiaux de l’information géographique en Algérie et nous sommes constamment à l’écoute du client qui bénéficie d’une prise en charge total et immédiate des besoins exprimés. GPC DZ, grâce à ses experts et ses professionnels, est en Algérie très expérimentée dans le domaine de la production de données géographiques. Durant nos années d’exercice, nous avons pu assurer une expertise sans failles à plusieurs entreprises et opérateurs économiques qui ont fait confiance à notre société.


L’Algérie se prépare à accueillir les 2èmes Rencontres algéro-françaises de l’information géographique. Quelles seront les thématiques de cette rencontre ?

Pour ce colloque, nous avons choisi d’aborder trois principales thématiques: la première est en rapport avec l’acquisition de données soit par voie aérienne, sattelitale et équipements légers tels que les drones. La deuxième thématique sera consacrée à la gestion des réseaux et la troisième thématique sera consacrée à la formation et l’aide à l’expression de besoins.

Aujourd’hui, la cartographique s’impose dans plusieurs pays en aménagement du territoire comme un moyen d’appréhension, de compréhension dans l’optique de l’élaboration d’une stratégie pour le développement du territoire. Pensez-vous qu’en Algérie, l’usage de la cartographie est vulgarisé ?

En Algérie, parmi les grands producteurs de données géographiques figurent l’Institut National de Cartographie et de Télédétection (INCT) qui est l’organisme officiel de la cartographie en Algérie. L’INCT a pour mission de mettre en place la cartographie nationale de base. Il s’agit d’une cartographie à petite échelle mise en place à travers l’élaboration de cartes topographiques dites d’Etat-Major qui sont utilisées dans le domaine militaire ou civil pour tout ce qui est grand ouvrage : gestion forestière, gestion agricole, gestion hydrographique, travaux publics et autres. Il existe aussi l’Agence Nationale du Cadastre qui dépend du ministère des finances, et qui a pour mission de cadastrer le territoire national. Il s’agit ici des deux plus grands producteurs publics de données géographiques en Algérie. Malheureusement, on ne peut pas parler de vulgarisation de l’usage de la cartographie en Algérie en raison de plusieurs facteurs qui empêchent encore toute progression dans ce domaine. En effet, l’essentiel de l’information géographique en Algérie, soit 90% de l’information géographique, reste soumis à une autorisation. Ainsi, si une personne veut aller vers l’INCT pour acheter une carte d’état-major, elle doit d’abord avoir une autorisation et se justifier à l’aide d’une carte d’étudiant, d’un ODS ou autres.

Cela empêche la démocratisation de la cartographie en Algérie, d’où la nécessité de mettre en place l’INDG dont le législateur n’est autre que le CNIG, Conseil National de l’Information Géographique, qui a actuellement pour mission d’identifier les besoins de tous les utilisateurs pour mettre en vigueur des textes en rapport avec le marché. J’ajouterais également que l’absence d’une réglementation, d’une législation claire dans ce domaine représente également un obstacle. En Algérie, la réglementation est censée émaner sous l’impulsion du CNIG. Or ce CNIG, qui est sous la tutelle du ministère de la défense tout comme l’INCT, vient tout juste d’être réactivé par un décret présidentiel qui met à jour ses fonctions et missions.

Etant une société spécialisée dans la Géomatique, pouvez-vous nous préciser à qui s’adresse-t-elle ? Qui sont les bénéficiaires ?

Si les premiers utilisateurs de la Géomatique qui regroupe l’ensemble des outils et méthodes permettant d’acquérir, de représenter, d’analyser et d’intégrer des données géographiques, au cours des dix dernières années, ont été principalement des organisations dont la vocation première s’appuyait sur la gestion du territoire, des ressources naturelles ou d’infrastructures de services publics, aujourd’hui et grâce à l’avènement de technologies plus performantes et conviviales, et à la réduction significative des coûts d’accès à la Géomatique, plusieurs autres professionnels et gestionnaires non spécialisés du domaine commencent à s’intéresser davantage à l’information géographique et tout ce qu’elle peut apporter. Je dois vous avouer qu’aujourd’hui, le grand public est utilisateur du marché professionnel destiné à la base à d’autres utilisateurs.

Comment les utilisateurs de la donnée géographique peuvent bénéficier au maximum des avantages qu’offre ce domaine ?

Tout comme les pays occidentaux développés pour qui la géographie s’est imposée dans tous les domaines, le marché de la géomatique ne se développera en Algérie que quand les grands utilisateurs de la cartographie s’organiseront en association afin qu’ils soient représentés auprès du CNIG. Le marché est là, la demande est présente et il est dommage que plusieurs données continuent à être traitées à l’international alors que c’est strictement interdit. Nous devons être structurés en association pour ne plus créer autant de tort à l’Etat algérien.

Quel est l’Etat du marché de la Géomatique en Algérie ?

Aujourd’hui, tous les secteurs, tous les professionnels ont besoin de données géographiques. Pourtant quasiment personne ne recourt à la géomatique, et cela pour faute d’absence de mécanisme d’acquisition de données géographiques. C’est ce qui explique l’état déplorable de nos routes, de nos réseaux et de nos villes. L’Institut national de cartographie et de télédétection, qui représente l’organisme officiel de la cartographie en Algérie et qui a le statut d’entreprise de société à caractère industriel et commercial compte tenu de son plan de charge et de ses missions de base, ne peut répondre au besoin du marché national.

Qu’en est-il de la généralisation de l’usage du GPS au grand public ?

L’activité de la géolocalisation telle qu’elle est conçue aujourd’hui, le matériel est réglementé. Ainsi, l’essentiel des balises de géolocalisation passe par le réseau GSM, GPRS ou même satellitales. Il suffit d’avoir la bonne puce pour pouvoir bénéficier du GPS qui est en effet démocratisé en Algérie. Aussi, des usagers peuvent facilement télécharger des applications sur smartphones ou tablettes pour pouvoir se situer à l’aide du GPS. Il faut savoir que le GPS est réglementé, par contre la géonavigation ne l’est pas. Elle ne transmet pas obligatoirement de position et utilise généralement du Assisted-GPS.

En matière d’information trafic, comment intervenez-vous ? Est-ce que c’est l’utilisateur qui envoie des informations de façon volontaire ou involontaire ?

Nous travaillons de la même manière que tous les fournisseurs de solutions de géonavigation. Il faut savoir que pour faire de l’info trafic en Algérie, le procédé est très simple. Soit vous disposez de capteurs, caméra qui vous compte le nombre de véhicules, compteurs de circulation où vous recourez au partage de données et au data maining. Pour ce qui est du partage des données, dès lors que l’utilisateur utilise la solution géocontacte l’accepte. Nous récoltons de manière anonyme l’ensemble des données de parcours. Dès lors qu’on atteint une taille critique, nous faisons des calculs et diffusons l’information et estimons le trafic réel. L’info trafic est toujours conditionnée à une taille critique d’utilisateurs que nous espérons atteindre très prochainement.

Pouvez-vous nous parler des objectifs de GPC DZ sur le long terme ?

Nous sommes une société de géomatique, je ne pense pas pouvoir me prononcer sur le marché algérien et dire que nous sommes actuellement leaders. Je pense que c’est à l’environnement de nous qualifier selon nos compétences. Nous exerçons notre travail depuis 5 ans durant lesquelles nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère de la défense, des ressources en eau, avec des multinationales, des sociétés nationales, des bureaux d’études et des opérateurs télécom. Nous avons donc beaucoup de références et avons également mené à terme plusieurs projets, tout cela étant consultable sur notre site web. Je peux dire que sur le marché algérien, nous sommes aujourd’hui le seul opérateur à fournir une solution globale et spécifique à chaque métier en Algérie.

Où se situe l’Algérie par rapport aux pays voisins dans ce domaine ?

Nous sommes très en retard par rapport aux pays voisins. Des entreprises comme GPC DZ, il en existe une vingtaine en Tunisie, en Egypte et au Maroc, alors qu’en Algérie leur nombre demeure largement insuffisant. Nous avons un nombre insuffisant d’acteurs en matière de production, en matière de développement de logiciels, nous n’avons aucune entreprise spécialisée, ni en matière d’intégration. Nous avons uniquement trois ou quatre intégrateurs « distributeurs de logiciels », quatre dans toute l’Algérie !

Certains utilisateurs croient que seul Google Maps est suffisant pour fournir des cartes et des images nécessaires sur le positionnement d’un objet. Est-ce vrai pour autant ?

Cela est absolument faux car les images que donne Google Maps donnent l’illusion de la gratuité. Google Maps fournit des images d’archives dans un système de projection simplifié pour un usage grand public, pour se positionner, savoir sa destination, connaître son itinéraire dans certaines zones, mais il ne pourra jamais se substituer au travail des professionnels en fournissant des applications utilisables dans un cadre légal pour le positionnement d’un terrain, d’une infrastructure ou délimiter un parcellaire. Les gens n’ont pas la compétence d’estimer l’adéquation des moyens aux besoins, c’est pour cela que nous avons choisi comme troisième thématique l’aide à l’expression de besoins car dans chaque activité, nous avons des besoins divers autant en termes de précisions de résolution et de canaux.

Ne pensez-vous pas que le manque du développement de ce marché en Algérie est dû au manque de communication ?

Pour notre part, GPC DZ communique à travers deux canaux principaux. Le volet grand public dans lequel nous communiquons à travers Twitter, Facebook, Linked’in et Viadeo. Nous sommes également présents à toutes les foires et cela afin de vulgariser et réintroduire le réflexe de la carte. Sur le plan professionnel, nous choisissons une autre stratégie de communication en allant directement vers les entreprises concernées d’où encore une fois la nécessité de créer une association algérienne de l’information géographique.