Si le Twitter algérien m'était conté...

Numéro dossier: 86

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Qui dans le monde ne connaît pas Twitter, le deuxième réseau social de renommée internationale juste après Facebook ? Si en Algérie, pendant longtemps, Facebook a été la plateforme d’échange social sur le web la plus réputée et utilisée, Twitter commence aujourd’hui à se frayer progressivement une place et à gagner en notoriété.


Le phénomène Twitter a passé l’effet de mode en Algérie. En effet, nombreux sont les Algériens séduits par ce réseau de micro-blogging gratuit qui permet de tweeter et de diffuser des messages courts de 140 caractères à une liste de contacts personnels. Seulement, en Algérie, en dépit de ces attraits, ce réseau social demeure nettement moins populaire que Facebook.

Plusieurs spécialistes des TIC ont dressé ce constat en s’appuyant sur la progression lente de son utilisation. La question est aujourd’hui de savoir pourquoi Twitter ne parvient-il pas à décoller en Algérie ? Combien de membres renferme-t-il ? Qui sont les twittos les plus réputés en Algérie ? Nos entreprises recourent-elles à Twitter pour faire la promotion de leurs produits ? Quelle influence a Twitter sur le marketing en Algérie ? Combien de twittos en Algérie ?

Jusqu’à fin octobre 2012, le nombre d’Algériens possédant un compte Twitter se rapprochait des 3 000 utilisateurs, selon les chiffres communiqués par « A world of tweets » (Un monde des tweets). A cette période-là, l’Algérie était très en retard dans l’usage de ce réseau de micro-blogging puisqu’elle été classée à la 136ème place parmi les 229 pays qui ont accès à ce réseau.

Sur les 3 000 utilisateurs de Twitter recensés en 2012, plus de 30% tiennent des comptes qu’ils n’utilisent et n’alimentent presque pas. Plusieurs politiciens algériens, personnalités publiques tels que les acteurs, les chanteurs et les artistes algériens possèdent des comptes Twitter, mais rares sont ceux qui les utilisent pour annoncer leurs projets, leurs actions et leurs déplacements. Pourtant, l’essence même du principe des 140 caractères de Twitter est de faire dans la micro-information. « Être bref, concis et aller droit au but ». C’est peut-être ce nouveau mode de communication prôné par Twitter que les Algériens n’arrivent encore pas à cerner. En effet, chaque utilisateur de Twitter doit se contenter de peu de mots dans la rédaction de ses messages. Un détail qui n’emballe pas énormément les Algériens.

« J’ai l’habitude de m’exprimer librement et c’est pour cela que je préfère plutôt Facebook qui ne nous limite pas à un nombre de caractères bien précis », déclare Nour El Houda, une étudiante âgée de 22 ans. Nous comprenons mieux pourquoi les jeunes fuient Twitter et se réfugient chez Facebook. C’est le caractère pseudo-professionnel de Twitter qui n’emballe pas les jeunes habitués à un mode d’expression différent. Seulement, pour Adel Amira-Abire, Community
Manager dans une agence de web-marketing, Med&Com, le nombre de caractères limités de Twitter n’est pas la raison. « D’ailleurs, il existe énormément de sites de rallongement de tweets », nous affirme-t-elle.

Pour notre interlocutrice, si Twitter ne suscite pas autant d’intérêt en Algérie que Facebook, c’est en raison de la manière de s’exprimer. « Sur Facebook, avec nos amis, on parle comme on veut mais pas à qui on veut. Ce que je veux dire, c’est qu’on ne parle pas forcément de nos 534 amis tous les jours. On ne parle qu’à un nombre très réduit d’amis qui sont en général de la famille ou des amis vraiment proches. A cause du partage consenti de nos infos personnelles, l’appréhension d’être jugé est là », a déclaré notre interlocutrice.


Il suffit de chercher un peu, la Toile permet tout !



Il existe bien entendu d’autres raisons qui justifient cette désaffection de Twitter. Adel Amira-Abire cite à ce propos le fait que les Algériens n’ont pas encore compris l’importance que pourrait avoir Twitter pour notre pays et son développement. « Le besoin d’information pour les Algériens est primordial, on est toujours branché sur la radio ou devant les journaux. Twitter est un réseau social principalement axé sur l’information et le partage d’infos rapides. Cependant, je crois que les Algériens n’ont pas compris toute l’importance et l’influence que peut avoir ce réseau sur nos vies », souligne-t-elle.

Malheureusement, notre interlocutrice déplore également le retard accusé par les entreprises algériennes quant à l’usage de Twitter. Pour cette dernière, rares sont les entreprises et les start-ups qui utilisent avec efficience Twitter. « Ils ne réalisent pas encore l’importance et l’utilité de cette facette du web. En plus de Facebook, ils devraient penser à partager de plus en plus sur Twitter. Djezzy est le seul à le faire avec beaucoup de succès », précise-t-elle.

Un détail qui devrait faire de Twitter, un réseau social très populaire en Algérie est que même si on ne s’exprime pas comme on le désire en raison de la limitation des caractères du message, on peut s’adresser à qui on veut. « Vous pouvez aisément engager une conversation avec un mec d’Australie qui a retweeté votre tweet à propos de la récente victoire de l’Algérie en Handball et qui deviendra un fidèle follower ! La crainte d’être jugé et analysé n’existe plus comme sur Facebook. La nuance est là selon moi », ajoute-t-elle.

Les blogueurs et les artistes devraient donner l’exemple quant à l’importance de l’usage de Twitter qui reste encore à ses débuts en Algérie. Même s’il est vrai que chez nous plusieurs médias, journalistes, blogueurs et artistes passent par ce réseau social pour s’exprimer, il n’en demeure pas moins que leur nombre reste inférieur.

Du côté des administrations et des entreprises qui peignent à s’adapter à l’ère du numérique, le constat est plus regrettable. Ces derniers pourraient bien utiliser Twitter pour rendre la vie plus facile aux citoyens en publiant des informations utiles. Selon un analyste, le contenu de Facebook est plus interactif et, de ce fait, plus séduisant à partir du moment où ce dernier permet de partager un contenu multimédia (photos, musiques,…), de discuter en ligne avec des rencontres virtuelles qui peuvent devenir réelles, et de tenir un journal intime susceptible d’être partagé par les internautes.

« Twitter n’offre pas ses opportunités pour ses usagers », explique-t-il. Les Algériens sont plutôt voyeuristes et exhibitionnistes. C’est Facebook qui sert le mieux leur intérêt car il permet non seulement de dévoiler en détail des parties de sa vie, mais également d’être au courant, dans le détail, de ce qui se déroule dans l’existence de ses contacts. C’est pour cette raison que Twitter trouve des difficultés à devenir en Algérie un espace grand public et demeure utilisé par des professionnels et des intellectuels fans de micro-blogging.

Grâce à Twitter, les informations après le déclenchement des révolutions arabes se sont répandues comme une trainée de poudre mettant le monde entier au courant de l’évolution de la situation dans les pays arabes.

 

La 3G boostera-t-elle la notoriété de Twitter en Algérie ?

Il faut dire que le taux faible de pénétration d’Internet et surtout le haut débit a toujours été une raison évoquée pour expliquer le manque de popularité de Twitter en Algérie. Aujourd’hui, grâce à l’avènement de la 3G qui est enfin un produit commercialisable sur le marché algérien, nous espérons que la popularité de Twitter s’accélérera.

Le débit plus rapide permettra aux citoyens algériens de mieux échanger via Twitter, et ce notamment à travers les appareils mobiles car selon une étude de Compete, une agence américaine réputée mondialement et spécialisée dans le marketing numérique, mettant en lumière la façon dont les consommateurs utilisent Twitter, Facebook et LinkedIn, 43% des détenteurs d'un compte Twitter se rendent sur la plateforme de microblogging depuis un mobile, tandis que 34% seulement des membres de Facebook se connectent au réseau social par ce canal.


 

Entretien avec Majda Nafissa RAHAL, l’une des "twittos" les plus actives en Algérie

« Les Algériens n’utilisent pas encore beaucoup Twitter parce qu’ils n’aiment pas se casser la tête » !

Vous souvenez-vous de la naissance de votre compte Twitter ?

Je me rappelle avoir créé un compte Twitter pour le site edudz.net (@edudz) que je gérais à l’époque. Ayant accroché au concept de ce réseau social, j’ai décidé de créer aussi un compte personnel. C’est ainsi qu’a commencé mon aventure sur Twitter.

Comment vous êtes-vous décidée à assurer l'animation de ce compte ?

Eh bien je dois avouer que l’activité sur mon compte fluctue selon mes occupations et évolue avec mes centres d’intérêts. Lorsque je passe par des périodes de forte occupation, je deviens un fantôme sur Twitter :) Sinon, en temps normal, j’essaie de partager les liens, informations et articles intéressants au moment où je les trouve (c’est le principe même de Twitter après tout !). Je n’hésite pas aussi à partager mes opinions et parfois mes humeurs avec mes chers followers.

Comment caractériseriez-vous le ton et le contenu de votre compte Twitter ?

Le ton que j’emploie est respectueux sans être formel. Quant au contenu, il tourne souvent autour de mes centres d’intérêt personnels : technologies, web, entreprenariat, développement personnel…

A votre avis, quel est le contenu qui suscite le plus d'engagement et de mobilisation ?

Je dirais qu’il y a deux types de contenus qui suscitent deux formats d’engagements différents. Quand je partage quelque chose de personnel, je reçois en général beaucoup de « mentions», cela engendre une véritable conversation, et un partage «peer-to-peer » avec les followers. Sinon, quand c’est plutôt un lien vers un article ou autre, l’engagement peut être estimé au nombre de retweets ou de favoris, sans nécessairement susciter une conversation.

Par quels comptes vous faites-vous retweeter ?

Je n’ai pas vraiment de statistiques sur ça malheureusement.

Etes-vous la seule à assurer la gestion du compte ?

Oui.

Etes-vous attentive à vos stats? Pensez-vous que le nombre de vos followers est en constante évolution ?

Je n’accorde pas tant d’importance que cela aux statistiques, je ne crois pas que c’est ce qui définit un tweeple intéressant. Ceci dit, je peux affirmer que le nombre de followers est en évolution constante, et aussi que cette évolution dépend du degré d’activité de mon compte. En gros, j’ai beaucoup plus de nouveaux abonnés dans les périodes où je tweete énormément.

Avez-vous une idée de qui sont les personnes qui s'intéressent à votre compte Twitter ?

Je pense qu’ils sont trop différents pour pouvoir dresser un profil de « follower-type ». Certaines personnes me suivent pour les infos tech, d’autres parce qu’on partage la même passion pour le tennis ; et ce sont des choses complètement distinctes, qui peuvent intéresser un grand nombre de gens différents.

Pourquoi à votre avis Twitter manque encore de notoriété en Algérie ?

J’ai envie de dire : parce que l’Algérien n’aime pas se casser la tête. Plus sérieusement, je pense qu’il y a plusieurs raisons, et que celles-ci ne sont pas spécifiques aux Algériens. La première est tout le jargon qui entoure ce réseau social, les « retweets», « mention », « follower », « following »,… peuvent en rebuter plus d’un et ceci constitue selon moi la principale raison pour laquelle beaucoup ne franchissent jamais le pas pour devenir actifs sur Twitter. Quand vous comparez à Facebook dont le jargon s’inspire beaucoup de la vie réelle quotidienne, la différence saute aux yeux directement.

La deuxième raison est peut-être le peu d’intérêt que lui trouvent certains. Si je continue ma comparaison avec Facebook, son intérêt est clair : pour rester en contact avec ses amis, chatter, être à jour des nouvelles du monde,… Pour Twitter par contre, beaucoup ne réalisent pas l’intérêt qu’il y a de communiquer sur ce réseau et cette relation de « follower - followé » (qui n’est pas nécessairement réciproque).

La dernière raison (même s’il y a en a sûrement beaucoup d’autres que j’oublie, étant loin d’être une experte en réseaux sociaux) est le fait que les marques et les personnalités (stars) algériennes (à quelques exceptions près) n’ont pas encore une stratégie de communication incluant Twitter, ou alors celle-ci est calquée sur celle employée sur Facebook sans tenter d’adapter ça aux spécificités de Twitter. Dans certaines régions du monde, les marques offrent une réelle valeur ajoutée à leurs followers : régler des problèmes en temps réel (je pense notamment à Air France qui a un véritable service client 24/24h pour répondre à leur clientèle), offrir des promotions, demander l’opinion de leurs followers,… Bref, un véritable engagement et un échange dont les deux bénéficient. Quand nous aurons aussi cela, peut-être que ça poussera certains à rejoindre Twitter !


Twitter dans le monde arabe

Selon une infographie publiée en juin dernier et se basant sur les données du Dubai School of Government, l’Egypte et la Tunisie sont les deux pays arabes qui accusent un retard considérable dans l’usage de Twitter avec 0.1% pour les tunisiens et 0.26% pour les Egyptiens. Le taux reste nettement inférieur au moment où nous continuons à évoquer l’influence qu’ont joué les réseaux sociaux dans les révolutions arabes.

Les pays du Golfe arrivent par contre en tête de liste des pays comptant le plus grand nombre d’utilisateurs de Twitter dans le monde arabe avec 1.311.882 en mars 2012. Le Kuwait, le Bahreïn et le Qatar arrivent en premières positions avec successivement 8.13%, 4.28% et 2.22%.

L'Egypte est en 9ème position avec un taux de pénétration de 0.26%, tandis que le taux de pénétration de la Tunisie avoisine les 0.1% soit seulement 10 800 tweeples, ce qui la place en 12ème position, juste devant la Libye (0.07%), et derrière des pays comme l'Arabie Saoudite (1.37%), la Palestine (0.36%), Oman (0.23%) et la Jordanie (0.57%).

Selon cette infographie, ce sont les pays relativement calmes qui ont connu une augmentation dans l’usage de ce réseau de microblogging, contrairement aux pays dans lesquels des mouvements de révolutions ont été enregistrés, ce qui signifie que l’usage des réseaux sociaux n'a pas eu une véritable influence sur les mouvements qu'ont connu ces pays.


Twitter, un outil marketing plus puissant que Facebook

Si Facebook reste plus populaire que Twitter dans certains pays, cela n’empêche pas qu’il arrive que Twitter le détrône sur certaines pistes. En effet, la même étude de Compete prouve que, sur le plan marketing, Twitter est bien plus puissant que Facebook. Twitter se prêterait mieux au jeu de vente et d’achat en séduisant davantage les internautes à acheter tel ou tel produit.

Pour preuve, 56% des internautes qui suivent une marque sur Twitter se déclarent "plus susceptibles" d'acheter un produit de cette marque, tandis qu'ils ne sont que 47% chez ceux qui aiment une marque sur Facebook. Les utilisateurs de Twitter sont aussi plus susceptibles de recommander un produit d'une marque qu'ils ne suivent que sur Facebook.

 

Twitter en chiffres

140. Contrairement à Facebook, un tweet est un message qui ne dépasse pas les 140 caractères, ce qui limite les twittos au strict minimum. " L’essentiel et rien que l’essentiel sur Twitter ". Tel est le concept même de ce site de microblogging.


350 000 000 000. C'est le nombre de tweets écrits depuis la création du site en 2006.


500 000 000. Quotidiennement, les twittos produisent approximativement 500 000 000 de tweets.


241 000 000. Contrairement à Facebook qui compte 1.23 milliard d’utilisateurs, Twitter en compte 241 000 000.


35 000 000. C'est le nombre d'utilisateurs de Twitter en Chine, pays où le site est pourtant interdit.


2 300. C'est le nombre d'employés de Twitter à travers le monde. Le siège de la société est basé à San Francisco.


Près de 80 000. C'est le nombre approximatif d’utilisateurs de Twitter en Algérie.


82 300. Le Maroc est le premier utilisateur de Twitter au Maghreb avec 82 300 utilisateurs.