Une nouvelle race de cyber-activisme: LES JUSTICIERS MASQUÉS DU WEB

Depuis un certain temps, un groupe joue les justiciers sur le Net : les Anonymous. Mais qui sont-ils ? Ont-ils la prétention de changer le monde ?

 


Pas d’organisation formelle, pas de hiérarchie, pas de porte-parole officiel: les Anonymous sont davantage un collectif qu’un groupe aux contours connus. Se revendiquer Anonymous passe toutefois plus par l’action que par la parole, en participant par exemple à une attaque groupée contre une cible choisie à l’avance.

Sur le Net, le moyen de communication principal est l’IRC (Internet Relay Chat), une sorte de messagerie instantanée à laquelle on peut se connecter sans laisser de trace. C’est là que s’engagent les discussions, là que se décide, toujours par vote, la nature des attaques à mener. Leur arme de prédilection est l’attaque par déni de service (ou DDOS), qui consiste à submerger un site internet de requêtes de connexions pour le saturer.

Sauf exception, les Anonymous n’agissent pas, mais réagissent. À quoi? Aux attaques contre la liberté, et en particulier la liberté d’expression ou la liberté de la presse. « Les Anonymous revendiquent plusieurs règles, dont la plus évidente : l’anonymat. Tous discutent sous pseudonyme sur les canaux IRC, une interface de dialogue qui a connu son heure de gloire il y a plusieurs années », relève radio-canada.ca.

Le site fait remarquer qu’ils se jouent des frontières et se moquent aussi des autorités. Ils sont devenus l’incarnation de « l’hacktivisme », concept qui mélange le militantisme (« activism » en anglais) et le piratage (« hacking »).

« Anonymous agit pour être médiatisé »

Nicolas Danet, co-auteur avec Frédéric Bardeau de « Anonymous: peuvent-ils changer le monde », a souligné que : « Anonymous agit pour être médiatisé. Ils veulent attirer l’attention du public. Ils sont moins des hackers traditionnels - uniquement intéressés par l’exploit informatique - que des militants intéressés par la répercussion médiatique ». Ainsi, ils veulent donner à leurs actions un fort impact médiatique pour dénoncer les injustices et la loi du plus fort, des puissants de ce monde qui agissent souvent avec arrogance et brutalité pour asseoir leur suprématie.

Dans ce livre, il a été démontré que ce nom intrigue, dérange ou fascine. Il fait trembler les puissants, les autorités, les mafias, les grandes entreprises, les institutions et même les États. Puisant ses racines au plus profond de la culture internet, dans cette cyberculture qui a nourri les hackers et développé des valeurs humanistes propres au numérique, ce nouvel activisme pourrait redéfinir les contours de la lutte sociale.

Mais ont-ils une chance de changer le monde ?

L’heure de gloire de l’OpIsrael a, en fait, eu lieu le 21 novembre dernier lorsque le compte Twitter et la page Facebook de Silvan Shalom, vice-Premier ministre israélien, ont été piratés. En pleine guerre des mots et des images de Gaza, les Anonymous ont décidé de leur apporter un soutien de poids. Des menaces que certains hackers n’ont pas hésité à mettre à exécution.

Ainsi, ce sont près de 700 sites web israéliens, parmi lesquels celui de la présidence ou des forces armées, qui ont fait les frais de la colère des Anonymous. Des sites dont les pages d’accueil ont été remplacées par des messages acquis à la cause palestinienne.

Prochaine action prévue : inonder les boîtes mails de hauts responsables du pays de courriels dénonçant le conflit et les conditions dans lesquelles sont obligés de vivre les habitants des territoires occupés.

Cette petite enquête nous a aussi permis de comprendre que ce phénomène dépasse largement les activités du geek et du hacker. C’est en réalité, selon l’analyse qu’on peut faire, une forme de lutte pour faire face aux problèmes de l’injustice, comme en Palestine et dans le système mondial. Les Anonymous veulent par ces actions contribuer à faire reculer la désinformation et desserrer l’étau subit par la population. Ils ont un côté défenseurs des opprimés sur le Web.

« Pendant trop longtemps, les Anonymous se sont contentés comme le reste du monde de regarder avec désespoir le traitement barbare, brutal et méprisable du peuple palestinien par l’armée israélienne. Mais quand le gouvernement israélien a menacé publiquement de couper Internet et toutes les autres télécommunications entrant ou sortant de Gaza, ils ont franchi une ligne », ont déclaré les Anonymous dans un communiqué.

Il faut prendre en compte qu’Anonymous a créé un véritable contre-pouvoir, accessible à n’importe qui via l’anonymat. Ce contre-pouvoir est donc très mouvant, ce qui pose problème aux autorités : on ne sait pas qui il y a derrière, on ne peut pas négocier avec eux, et ça se passe sur Internet, un espace où les gouvernements ne sont pas très à l’aise.

Signalons enfin que les Anonymous ont déjà participé à des évènements politiques lors du « printemps arabe » afin d’aider les peuples de Tunisie, d’Egypte et de Libye.