Des TIC comme sur un nuage...

C’est simple, tout le monde s’y met. Pas une conférence de presse, pas un évènement, pas un salon IT sans qu’il ne soit au centre de toutes les attentions. Le Cloud Computing, on en parle depuis un moment déjà, mais 2012 aura été l’année où les solutions Cloud pullulent sur un marché algérien qui pèserait 10 millions d’euros selon le président de Cisco Algérie.

 

 

Centres d’appel dans le Cloud, gestionnaire de clientèle dans le Cloud, salons virtuels en solution Cloud, sécurité et Cloud, stockage de données sur le Cloud, suivi des performances d’applications web…sur le Cloud, et l’on est loin d’être exhaustifs en citant les modalités de ce qui semble être purement et simplement un changement de paradigme pour le monde de l’entreprise.

Le Cloud est synonyme de coûts réduits et de fiabilité des systèmes, il s’agit pour l’entreprise de « délocaliser » une partie de son parc informatique, d’investir dans moins de ressources et de bénéficier de la vitesse de calcul et capacité de stockage d’un amalgame d’ordinateurs regroupés dans des « centres de calculs » ou Data Centers. Cette approche peut faire peur quand il s’agit de la sécurité et de la confidentialité des données sensibles pour une entreprise, mais force est de constater que les offres Cloud les plus sérieuses se montrent redoutables sur le segment de la sécurité informatique, ce qui explique en partie l’engouement palpable autour de ces solutions.

Pour avoir une idée plus concrète sur le genre de services que l’on trouve sur le marché, nous allons passer en revue quelques entreprises qui font ou utilisent le Cloud dans leur catalogue de services, avant de finir sur le débriefing d’une présentation signée Philippe Ausseur, directeur associé du bureau d’Alger d’un des plus grands cabinets conseil au monde, Ernst & Young, lors du Med-IT de cette année. Tout un programme !


Success2i

Nous allons parler SaaS, ou “Software as a Service”, et en VF, cela donne « logiciel à la demande». Le Cloud permet ce genre de finesses, c’est-à-dire que l’on paye un « abonnement » à un logiciel, en faisant phi des frais de maintenance, sans oublier la réduction des frais de départ, exonérés du data center, refroidisseurs, serveurs, et autres joyeusetés très coûteuses pour le commun des entreprises. Le SaaS est intimement lié au Cloud, et Success2i, entreprise d’ingénierie informatique que crée Benabes Belfodil en 2011, se spécialise dans l’intégration de ce genre de solutions, ainsi que le développement d’applications spécifiques.

C’est sur la plateforme force.com, qui permet la création d’applications d’entreprises entièrement hébergées sur le web, que travaille Success2i. Force.com est l’une des solutions salesforce.com, dont le déploiement en Algérie fait éclore tout un environnement de supports techniques, de formations, de développements, etc. Pour rendre les choses un peu plus concrètes, citons GAYA Cloud, un des faits d’armes de Success2i, en partenariat avec PhoneControl.

Quand les CRM (gestionnaires de relation client) font l’essentiel des offres SaaS, GAYA Cloud est carrément un Call Center sur le Cloud. Fabriquer un centre d’appel n’est pas une sinécure, mais GAYA Cloud donne accès à l’émission et réception d’appels, aux prises de rendez-vous, au marketing, chat, prise de commande et paiement en ligne, à un module de vente et même à une interaction avec les principaux réseaux sociaux, le tout pour une bouchée de pain, comparé à ce que requiert classiquement l’installation d’un call center. Voilà un exemple concret de la puissance de salesforce.com, qui n’a sans doute pas fini de faire parler de lui.


HP

Combien de temps un système radar de l’armée peut il se permettre d’être déconnecté par panne informatique ? Combien d’argent perdrait un opérateur téléphonique à chaque seconde si ces serveurs tombaient en panne ? Combien de temps un distributeur automatique de billets peut-il se permettre d’être en panne (dans un pays développé, entendons-nous bien) ? 5 minutes par an au maximum, mais afin d’atteindre un tel niveau de stabilité pour ce genre de missions critiques, il faut bien que ce soit HP qui s’en occupe.

On ne présente plus HP, le Goliath de l’électronique dont les deux principaux concurrents, Dell et IBM, ne génèrent pas à eux deux autant de revenus annuels, ni ne pèsent autant en termes de collaborateurs. Sur le marché africain, HP considère l’Algérie comme faisant partie des 6 pays majeurs, et n’hésite pas à y précipiter des technologies résolument tournées vers l’avenir, axées, vous l’aurez compris… sur le Cloud !

Il faut toutefois préciser que HP dispose d’une particularité dans ce domaine, les solutions qu’il propose sont dites bout-à-bout. Les data centers sont du HP, les PC sont signés HP, la maintenance est HP. Bref, que ce soit sur le plan du hardware, du software ou des services, une offre HP est garantie 3 ans et permet d’avoir un interlocuteur unique, bien plus pratique que d’avoir affaire à plusieurs prestataires qui se renvoient la balle. Ce qui frappe, c’est l’élasticité et l’adaptabilité de l’offre HP, qui s’adresse autant aux superstructures, aux gouvernements, qu’aux PME.

Dans une petite entreprise où les appareils mobiles de la vie courante ont toutes les chances d’être utilisés pour le travail, ou dans la multinationale où ce même genre de pratiques créent de nouveaux besoins de surveillance et de sécurité, HP met en avant son infrastructure convergente (HP Converged Infrastructure) qui peut sécuriser des données sur le serveur même si le smartphone ou la tablette utilisée venait à être égarée. Les mots clés quand on parle de PME sont simplicité et économie, et c’est tout le sens des routeurs Multi-Services HP, qui cumulent en un seul appareil des fonctions de sécurité, de réseaux filaires et sans fil : une plateforme tout en un personnalisable.

Les data centers de HP cumulent les innovations en terme de sécurité, de restauration, et bénéficient des trouvailles les plus pointues, comme la nouvelle architecture du système qui permet de doubler le volume de données que l’on peut stocker. Bien que HP n’était pas présent au Med-IT de cette année, il n’a pas manqué de convier les journalistes autour d’un plat de fruits de mer et Alaa ALShimy, DG de HP Afrique, nous disait dans la langue de Shakespeare : « Avec cette nouvelle architecture, vous n’avez besoin que de 5 To pour stocker 10 To de données. Il faut le voir pour le croire ».

Doubler les capacités de stockage ouvre certes de nouvelles portes, mais c’est aussi et surtout l’amélioration de la vitesse de récupération de ces données (5 fois supérieure désormais) qui apporte tout le dynamisme que vante HP.

Faire l’inventaire de toutes les technologies et prestations du catalogue HP serait une tâche peu aisée, mais l’on aura retenu le pari que fait la firme sur le Cloud et la mobilité dans le monde de l’entreprise, un pari qui semble de plus en plus clairvoyant.


Cisco

Nous avons vu que les data centers étaient l’épine dorsale du Cloud, et que leur protection est un enjeu vital pour pérenniser ce nouveau paradigme. Dans ce contexte où tout est orienté Cloud, aucune surprise que Cisco, LA référence mondiale du networking (il faut savoir qu’un e-mail sur trois passe par un réseau Cisco, et que la proportion du trafic internet mondial qui passe par les réseaux Cisco est carrément de 70%), met la protection des Data Centers dans le top de ses priorités.

Un indice, l’essentiel de la communication de Cisco Algérie est orienté sécurité des Data Centers et Cloud, comme le disait Adel Dahmani, DG de Cisco Algérie : « Pour que les entreprises puissent saisir en toute confiance les avantages commerciaux offerts par la virtualisation du centre de données et du cloud, la sécurité doit être considérée comme l’art du possible, et non comme un obstacle. Comme pour le reste de votre réseau, nous faisons de la sécurité constante une décision de l’usage permettant aux politiques d’oeuvrer à travers des environnements hybrides - physiques, virtuels et cloud-et permet aux professionnels des centres de données de fournir des services IT en toute sécurité, sans entraver les performances du réseau ».

Cisco parle donc aussi du BYOD (Bring Your Own Device) qui fait référence au fait que les employés ont recours de plus en plus à des outils mobiles, ce qui pousse les infrastructures de sécurité à s’adapter. C’est donc un système d’exploitation complètement repensé que soumet Cisco, la plateforme Adaptive Secutity Appliance dans sa version 9.0 rutilante, un système de prévention d’intrusion, la série IPS 4500.

Le système AnyConnect Secure Mobility Client, qui permet un accès distant aux ressources du réseau a lui subit quelques améliorations, et pour gérer le tout, le CSM (Cisco Security Manager) dans sa version 4.3. Un arsenal musclé qui fait partie intégrante de l’architecture du réseau, et il faut bien cela dans un monde de l’entreprise en mutation, flexible, mobile, et intransigeant quand il s’agit de sécurité.


NewNet3D

« C’est génial ! ». Voilà ce que l’on se surprend à dire en visitant le stand de NewNet3D. Les logiciels que l’on utilise à partir du Cloud peuvent toucher n’importe quel domaine, mais ce que propose NewNet3D est des plus astucieux : la possibilité de créer des salons virtuels, des salles de conférences personnalisables, des classes virtuelles, SANS installer de plug-in, et le résultat est tout bonnement puissant…et en 3D ! 4 ans de recherche ont été nécessaires à la mise en place de cette solution qui détourne des mécaniques issues du jeu vidéo communication.

L’application peut générer un salon entier, modélisé en 3D et personnalisé dans une certaine mesure : nombre de bâtiments, d’étages et de salles de conférence.

On se déplace dans cet espace virtuel avec un avatar standard, et une fois que l’on en prend le contrôle, on peut interagir avec les avatars des autres utilisateurs, comme dans un jeu vidéo en ligne. Evidemment, les organisateurs et les visiteurs ne sont pas logés à la même enseigne, l’organisateur ayant plus de « pouvoirs », comme celui d’afficher du contenu, animer une conférence, prendre la main pour faire une visite guidée du stand, etc. Mais cette interface graphique n’est pas le seul avantage de la solution.

Les membres peuvent échanger du contenu, se géolocaliser (avec la téléportation qui rend bien plus simple les retrouvailles après une visite du salon), déclencher une conversation audio ou vidéo et interagir avec le décor, essentiellement composé d’affiches collées au mur…mais affiches interactives, diapositives ou liens vers des sites web. Le salon peut être permanent ou ponctuel, peut prendre la forme d’un showroom, et être la continuité d’un salon réel.

Une modularité et une évolutivité qui n’enlèvent rien à la simplicité d’utilisation et la richesse de l’expérience utilisateur. Imaginez qu’un expert, qui ne peut pas se trouver dans plusieurs showrooms, puisse être joint par un visiteur à travers un salon virtuel accessible depuis n’importe quel showroom de la compagnie. Imaginez le nombre de personnes qui peuvent se connecter depuis des endroits éloignés, le potentiel que cela représente en matière de trafic, l’alternative que cela offre aux personnes à mobilité réduite, l’économie que c’est pour tout organisateur d’évènement, et on pourrait continuer longtemps ce listing qui n’a de limite que ce que vous pouvez imaginer faire avec un tel outil.

Un domaine qui peut bénéficier de cette interface 3D est évidemment la téléformation, ce qui explique la présence de la Leadership Training Company, société algérienne de formation des cadres et dirigeants d’entreprises, dans la distribution des solutions NewNet3D. Un concept innovant, immersif, et original qui profite intelligemment du Cloud et illustre concrètement les nouvelles perspectives qu’offre le SaaS.


Infodium

Dans un contexte où il faut jouer des coudes entre les titans de l’industrie (comme HP qui, bien que peu connu sur le networking, affiche une ambition certaine pour son avenir en la matière), miser sur les technologies les plus innovantes et s’entourer des bons partenaires sont l’enfance de l’art. Dans ce sens, Infodium Algérie qui verse dans le système d’information d’entreprise compte un bon nombre de cordes à son arc et affiche une dream team de partenaires en termes de mobilité et réseaux sans fil, de solutions de stockage, de sécurité internet, et je vous le donne en mille, de surveillance et gestion des centres de données virtualisés :

CA technologies

CA technologies édite des logiciels dont CA ARCserve Backup ou High Availability. Un combo logiciel permettant d’une part de réduire le temps de gestion des données et d’autre part de travailler avec un « filet de sauvetage », avec la possibilité de restaurer vos données à partir d’un état antérieur, ou de minimiser les interruptions et les pertes de données…le tout géré à partir d’une console unique et prenant en charge autant les serveurs physiques que virtuels.

IPSwitch

Encore un éditeur de logiciels axés sur le monde des affaires qui s’est fait une place en axant sur une simplification du logiciel de gestion informatique à une époque où les interfaces de ces derniers étaient des plus indigestes. What’s Up Gold, dans sa 16ème version, est un bon exemple de cette optimisation de l’expérience utilisateur en relation avec la gestion informatique de l’entreprise, car il permet à partir d’une SEULE et UNIQUE fenêtre, entre-autres, de : gérer les infrastructures sans fil, suivre les ressources, accéder à l’inventaire, faire de la détection et cartographie de couche 2, et visualiser l’intégralité de l’infrastructure tout en restant flexible et adaptable à l’évolution de l’entreprise… Une sérieuse alternative à considérer.


INODE

Ce que nous n’avons pas évoqué jusqu’à maintenant, c’est qu’aucun data center n’existe en Algérie. Nous utilisons donc des centres de calcul présents à l’étranger...Et si on le faisait, ce data center ? Cela ressemble peut être à une utopie dit de la sorte, mais c’est en réalité un ambitieux projet, pensé et réalisable par une entreprise qui aura remporté le prix du « Coup de coeur » du jury au Med-IT de cette année : INODE, fondée en 2010 par Samy Fodil.

Les Linuxiens d’INODE connaissent leur métier et se lancent sur le marché de l’appliance de sécurité avec un sacré avantage : ils développent les produits qu’ils déploient et vendent le service qui accompagne ledit produit. Tout a commencé avec Evkee, une distribution Linux fait maison dont le nom fait référence à un singe des montagnes berbères…on reconnait bien là la taxonomie Linuxienne des distributions. Ceux qui connaissent VMWare ESXi savent à peu de choses près à quoi s’attendre quand il s’agit de virtualisation avec Evkee.

Non content d’avoir engendré un système d’exploitation, INODE se lance dans la production d’une appliance, qui est un ensemble complexe d’un système d’exploitation, d’une application, ainsi que d’un installeur ou matériel qui est prêt à l’utilisation. Ceci est toute l’originalité d’INODE sur un marché où les appliances sont importées à défaut d’être produites localement.

La gestion de l’Appliance se fait grâce à une console maison, une interface graphique nommée inConsole qui permet aussi de gérer aussi le stockage, ou la virtualisation. L’offre INODE inclut aussi le Twin Cluster et Twin Storage avec une innovation de taille ; plus besoin pour l’entreprise d’investir dans une baie de stockage onéreuse pour faire migrer la machine virtuelle. La version présentée par INODE permet de produire 25 machines virtuelles, et comble de la joie l’appliance made in Algérie est 8 fois moins chère que son équivalent IBM…

Oui, c’est redoutable, et ce n’est pas pour rien que le jury du Med-IT a eu le coup de coeur pour Evkee. Cependant, faire un cloud national, ou à plus petite échelle, faire murir l’Appliance comme la conçoit l’esprit fertile de Samy réclame d’agrandir les équipes de développement (embauchées selon un procédé qui rappelle celui qu’emploie Google, à base de tests…on n’en dira pas plus) et des investissements. Les compétences sont là, et elles peuvent déplacer des montagnes avec les soutiens adéquats… Affaire à suivre.


Ernst & Young

« Trois mots clés : la 3G dans les plus brefs délais, pour tous les citoyens, et à des prix abordables ». Farid Lefkir, président de l’AITA, finit son discours dans une ambiance d’approbation générale. Quelques minutes plus tard, Monsieur le Ministre de la Poste et des TIC quitte la salle de conférence du Palais de la Culture, avec tous nos espoirs qu’il partage notre approbation quant à l’urgence de l’internet mobile. Le prochain conférencier est déjà sur scène, Philippe Ausseur d’Ernst & Young se lance dans une brillante présentation autour des tendances IT dans les trois ans à venir.

C’est ainsi qu’avait démarré le salon du Med-IT cette année, et depuis, le Cloud Computing suit tous les évènements, toutes les conférences. Philippe Ausseur relevait la dynamique mollassonne des TIC en Algérie, qui s’améliore moins rapidement qu’elle ne le pourrait dans un monde marqué par le fonctionnement en réseaux, et les transformations des entreprises qui forment un « système nerveux numérique ».

Au Cloud s’ajoute le Green Computing, à savoir le traitement écologique de l’industrie des TIC, aussi bien que l’utilisation des TIC dans un but écologique, ainsi que la mobilité qui tend à devenir l’utilisation par défaut que l’on a de l’outil informatique.

Philippe Ausseur nous aura fait voyager dans un temps qu’il nous tarde de connaître, fait de réalité augmentée, d’imprimantes 3D, de murs intelligents, d’informatique contextuelle, d’esanté et de papier électronique… Nous ne repasserons pas là en revue les 12 technologies qui feront selon lui l’avenir des TIC mais nous relèverons son modèle d’entreprise ouverte, où le travail s’organise en équipes éclatées et liées par un réseau, davantage qu’une organisation monolithique et rigide, faite de départements et de pyramides.

Ernst & Young est orienté vers l’audit, le conseil juridique et fiscal, jouant un rôle dans l’optimisation des performances financière, opérationnelle, gestion des risques, et systèmes d’information.


Des TIC comme sur un nuage, mais au-delà de la disponibilité des offres de service, c’est toute une transition dans les procédés de gestion de l’entreprise et de son rapport aux TIC qu’il va falloir opérer. Une évolution culturelle vitale à l’équation de la réussite, une conscience nouvelle que le fax et la fiche bristol appartiennent au passé, car « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».