La 4G pour les nuls : comprendre la nouvelle révolution du mobile

Numéro dossier: 115

Les sociétés du monde connaissent des mutations sans précédent et l’Algérie n’est pas en reste. L’ère du tout internet a en effet modifié nos comportements et encouragé l’avènement de nouveaux usages. Que ce soit dans les rues, les transports ou encore à la maison, de plus en plus d’Algériens se connectent via leurs smartphones ou tablettes et partagent de l’information. Les usages d’internet sont ainsi de plus en plus gourmands et jusqu’ici les débits insuffisants imposaient certaines limites comme le partage de vidéos ou d’images, le téléchargement d’applications ou de fichiers multimédia.

L’arrivée de la nouvelles génération de réseaux mobiles, 3G et plus récemment la 4G est ainsi une petite révolution technologique. Cette dernière, lancée après plusieurs reports et couacs semble avoir beaucoup de promesses à tenir. En effet, Elle devra changer les choses laissées telles quelles par la révolution précédente, pour des raisons qu’on ignore. Apporter ce qui a été publié en chemin, faute de temps, de moyens ou peut être de stratégie, booster le statu quo qui reste, et faire muer les mentalités qui trainent la patte. Voila ce qui attend la 4G en Algérie annoncée pour début 2017. il faut dire, qu’on attend beaucoup d’elle, surtout que la 3G éprouvée a démontré à qui voulait l’entendre le potentiel de notre société dans le domaine.

3G : quel bilan ? 

Depuis son lancement, la 3G a été un facteur de changement pour la société algérienne. Beaucoup de bien a été apportée par cette dernière dans plusieurs domaines, notamment la télévision avec les démos 3G, l’éducation avec les plateformes en ligne ou encore les loisirs via nombre d’applications spécialisées. Mais la 3G, ça a aussi été des couacs, puisqu’on se souvient encore des conséquences de son utilisation lors des épreuves du BAC en juin dernier. Malgré cela, le bilan laissé par la 3G se défend assez bien. En effet, une année après son lancement, l’Algérie avait réussi à quadrupler son taux de pénétration de l’Internet, grâce à la 3G. Il est ainsi passé de 6 % en décembre 2013 à plus de 24 % fin 2014. Mieux que le Maroc en six ans.
Les usages ont changé aussi, la consommation de l’internet s’est largement démocratisée et nul ne peut démentir la révolution numérique qui a eu lieu, toute proportion gardée. Même les autorités ont dans un certain sens été débordées par le succès de la 3G. L’exemple le plus probant est celui des fuites au bac. Il est clair que les officiels n’avaient pas prédit, ou anticipé la rapide maîtrise des nouvelles technologies, par nos jeunes, boostée justement par la 3G. Dans son sillage, cette technologie a entraîné d’autres industries, comme celle des téléphones. Les vendeurs spécialisés s’en frottent les mains. L’arrivée ces dernières années de géants tels que Wiko, Huawei et Oppo ont en sont la preuve. 

Une mutation qui a aussi ses effets néfastes. D’ailleurs, les rues du centre-ville d’Alger, jadis qui pullulaient de Cyber-Cafés ont en été désertées, ces dernières années. Plus rentables, depuis qu’un petit smartphone à quelques milliers de dinars fait mieux l’affaire. C’est aussi cela la 3G, un changement de tout un pan du tissu économique.

Les erreurs à ne pas refaire avec la 4G

Malheureusement, cette croissance en termes de volumes, qui a entrainé avec elle certaines industries comme celles des smartphones, ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Car  en termes d’apport à l’économie nationale, nous sommes loin du compte. En effet, la contribution à l’économie reste faible en Algérie en l’absence d’écosystème ou d’environnement adéquat pour faire éclore une économie numérique digne de ce nom, qui créerait de la richesse et de l’emploi. La contribution de l’Internet au produit intérieur brut (PIB) en Algérie (sa richesse) tourne autour de 1% selon certaines études. En comparaison, au Maroc, cette contribution est 2,3% du PIB, au Sénégal elle atteint 3.3% et au Kenya elle culmine à 2,9%.

La 3G a raté sa vocation de déclic, de déclencheur ou d’étincelle. Elle devait faire éclore la création, l’innovation, créer une société numérique, de la richesse, de l’emploi et de la connaissance dans ce secteur. L’Algérie reste sur sa faim sur ce point, vu ce qui a été fait. Voila le défi que se lance de facto la 4G, condamnée cette fois-ci à réussir. Surtout qu’elle apportera avec elle, les changements nécessaires et les standards essentiels, qu’on retrouve partout de par le monde, le gros potentiel en plus. Wait & see.

C’est quoi la 4G et que va-t-elle changer ?

La 4G, ou 4ème génération des standards pour la téléphonie mobile permet le «très haut débit mobile», soit des transmissions de données à des débits très supérieurs (supérieurs à 100 Mb/s, voire supérieurs à 1 Gb/s). Cette technologie succède à la 2G et de la 3G, puisque elle est bien supérieure à elles deux. Avec elle, le débit internet mobile, va être 15 fois plus rapide. Elle est généralement lancée dans des pays ou la technologie 3G a atteint sa maturité (satisfait les usagers par sa qualité, sa vitesse et son déploiement), pour améliorer la qualité de service et ainsi passer à une étape supérieure de développement. Elle peut également supporter l’échange de grandes quantités de données, ce qu’on appelle communément, la data, et ainsi répondre à l’augmentation exponentielle de la demande dans ce sens. C’est le cas notamment en Algérie, ou la bande passante d’Algérie Télécom n’arrive plus à nous suffire. Nous sommes non seulement de plus en plus nombreux a être connectés, mais nous le sommes surtout tout le temps, et partout.

Fini les brèves connexions le soir pour vérifier ses mails, papoter, ou s’informer. Le premier truc que nous faisons le matin c’est bien de vérifier nos notifications. Nous écoutons du streaming à tout va, et partageons toute sortes d’info ou de vidéos. Nous sommes devenus de gros consommateurs de data. C’est justement l’un des rôles de la 4G qui permettra d’absorber cette demande. La 4G, via sa vitesse et sa fluidité, coïncide également avec l’avènement de gros contenus innovants sur le web en général, comme la télévision haute définition, le téléchargement ultra-rapide, les grands réseaux de jeux en ligne etc. Ailleurs, la 4G a connu un développement très rapide, notamment grâce à des offres intéressantes en termes de prix. L’énorme concurrence entre les opérateurs aidant.

Faudra-t-il un Smartphone  spécifique ?

La réponse est oui. Il faudra un Smartphone ou une tablette compatible 4G qui existent déjà sur le marché, y compris en Algérie. La plupart des grosses marques de téléphones installées chez nous ont anticipé. D’ailleurs tous les derniers arrivés des grandes firmes chinoises, ou coréennes sont compatibles. Et ce n’est pas tout. La 4G va non seulement changer votre téléphone, mais aussi vos usages de l’internet mobile par son débit et sa rapidité. Avec une connexion 15 fois plus rapide que celles auxquelles nous sommes habitués, c’est une sérieuse révolution qui nous attend. Comme ailleurs, la 4G va entrainer avec elles d’autres industries, qui profiteront de son boom.

Ainsi la consommation de vidéos ou de musique sur le net a connu une augmentation exponentielle, partout où elle a été lancée, le téléchargement rapide aidant. La télévision en HD sur le net a également connu un essor important poussant les grandes firmes à se lancer sur ce marché. Nous sommes théoriquement appelés a faire de même. Enfin pour des usages plus professionnels, des technologies commela Visiophonieont trouvé en la 4G un catalyseur. Cette dernière a relancé son essor avec une connexion plus fluide, plus rapide et surtout une capacité d’échange de données plus grande, la data. C’est le cas aussi du Cloud, ce moyen de stockage des documents à distance, qui commençait à s’essouffler. Grâce au téléchargement plus rapide, tous ces outils sont plus simples et plus agréables à utiliser. Plus pratiques aussi. Et c’est tout le monde qui en profite.

Enfin, qu’on se réjouisse dès maintenant. Avec le lancement prochain de la 4G, nous aurons au moins une connexion plus rapide et plus performante. Les gens seront libres de l’utiliser pour des visioconférences, ou à jouer à Pokemon Go. 15 fois plus rapide que la connexion classique, il sera bientôt loin, le temps où l’envoi d’une photo prenait de longues minutes, télécharger une pièce jointe prenait un temps fou, et la moindre recherche sur le net pouvait s'avérer des plus pénibles. Une avancée à ne pas négliger, surtout si l’environnement digital de notre société s’y adapte. Cela pourrait sérieusement révolutionner les choses.

Le lancement de la 4G engendre la guerre de la data

La 4G engendrera également la guerre de la data entre les opérateurs. Car avec une connexion hyper rapide et hyper stable (en théorie) les opérateurs se livreront bataille sur le terrain de la Data, ce qui en définition est la quantité de données échangées. C’est donc à celui qui offrira le plus de data à ses clients, au moindre prix bien-sûr , pour regarder la TV, écouter de la musique, parler sur Skype, tout ceci une fois que la connexion sera fluide et le téléchargement rapide.

Des enveloppes de data allant jusqu'à 50 Go sont ainsi proposées dans les forfaits  dans des pays comme la France, depuis le lancement de la 4G. En comparaison, les forfaits les plus importants proposés en Algérie atteignent 1Go par mois, pour un débit médiocre ! La guerre des prix est féroce, et tous les opérateurs renchérissent, au grand bonheur des usagers.

Pourquoi la guerre de la data

Une question mérite ceci-dit d’être posée, pourquoi la 4G engendre-t-elle une telle guerre ?  D’abord, pour une question argent. Les opérateurs vont de moins en moins gagner de l’argent dans les circuits classiques comme la voix (les appels) et les SMS. Les usagers étant de nos jours tout le temps sur Facebook, viber, Skype, et autre what’s up. C’est le téléchargement qui devient alors leur nouveau fer de lance. C’est là qu’ils tenteront de gagner de l’argent.

Ensuite, l’internet des objets arrive et avec lui le tout connecté. Si aujourd’hui 3 ou 4 objets (Smartphone, TV, tablette, laptop ) sont connectés à internet à la maison, ce nombre va rapidement passer à dix, vingt voir cent. Et avec eux, c’est la consommation de la data qui va augmenter. En gros, c’est une toute nouvelle économie qui voit le jour. On passe du schéma de l’internet illimité aux offres ciblées, en fonction des besoins et des moyens. Et ainsi de suite pour les nouveaux usages, comme l’éducation en ligne, la santé, ou le e-commerce (qui représentait 1.462 Milliards d’euros dans le monde en 2015).

Enfin, le contenu. Les 3 opérateurs algériens l’ont compris. L’argent est aussi à trouver au niveau du contenu que consomment les usagers en masse et de manière directe. Si ailleurs, on paye pour des applications, des sites d’informations, des newsletter etc, c’est que c’est également possible en Algérie. C’est pour cela que les 3 acteurs de la téléphonie mobile en Algérie ont tous lancé leurs propres stores et leurs applications mobiles.

De célèbres applications notamment liées à l’éducation sont parrainées par des opérateurs. Lorsque celles-ci pourront être monétisées, elles constitueront un pan non négligeable de leurs revenus.

L’Algérie fera-t-elle (encore) exception 

Problème, sur le papier, l’arrivée de la 4G est une aubaine. Tout porte à croire qu’elle va booster les choses et bouger les lignes. Que notre potentiel en la matière nous permettra de nous rattraper rapidement, comme cela a déjà été le cas avec la 3G, que cela créera de la valeur ajoutée, de la richesse et de l’emploi, mais il reste un problème de taille. L’écosystème qui entoure tout ce schéma cité plus haut. Celui-là même qui a freiné la 3G dans son élan.

Il faut le dire, la société numérique n’est pas encore là.  Oui, les internautes algériens sont de plus en plus nombreux. Oui, ils consomment de plus en plus sur le net. Oui, ils maitrisent de plus en plus ces nouvelles technologies, mais au profit de qui ? Des applications, plateformes et autres sites conçus à l’étranger.

Nous en sommes encore à se diriger en Algérie via des applications de GPS étrangères, écouter de la musique algérienne sur des plateformes outre-mer, regarder les résultats de nos équipes sportives préférées sur des sites qui émettent de l’autre coté de nos frontières. Pourquoi ? Parce que les startups algériennes n’arrivent toujours pas ou en tout cas très peu à créer du contenu local. C’est à l’image des TV algériennes privées qui passent en masse des feuilletons turques, ou syriens. Tant qu’il n’y aura pas de contenu local, des applications algériennes, du e-commerce, de la réservation sur le net, du streaming local, la consommation algérienne de la bande passante sera utilisée pour les mauvaises raisons en grande partie.

L’Algérie souffre d’un problème de  contenu

Et ce n’est pas la 4G qui va régler le problème. Celle-ci sera un catalyseur, un booster en la matière. Les autorités doivent amorcer la mise en place d’un environnement adéquat qui permettra de faire éclore une société numérique qui manque. Un écosystème qui laissera ceux qui conçoivent des applications mobiles, les monétiser. Qui permettra le e-commerce et fera en sorte la création de centaines de milliers de sites de ventes en ligne, de vitrines de magasins sur le net, de plateformes de réservations d’hôtels de restaurants, de places de concerts. Les sites d’éducation en ligne pourront enfin proposer leurs services, les sites d’informations pourront muer vers un autre business modèle que le tout publicitaire, les TV pourront monétiser des films et séries en streaming etc. Du particulier, au professionnel, tout le monde pourra passer d’un business physique, à un business virtuel tout en restant en Algérie.

Ce n’est qu’à ce prix, que la 4G, accompagnée dans son lancement par un environnement qui ne lui est pas hostile, pourra à son tour changer les choses. Par sa rapidité, par sa constance, et par sa fluidité.

La 4G en Algérie, c’est pour quand ? 

En attendant, l’opérateur qatari a pris tout le monde de court en procédant en grandes pompes au pré-lancement de la 4G LTE récemment. Il a ainsi effectué des tests avec son équipementier réseau Nokia, ce qui a donné un débit moyen dépassant les 70 Mbps.

Un joli coup de pub pour cet opérateur qui a appris à anticiper notamment sur les technologies de pointe, afin d’être leader et surtout pionnier sur le marché. Mais le lancement officiel de tous les opérateurs ne saurait tarder. En mai dernier, L'Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT) a procédé, à Alger, à l'attribution provisoire des licences de quatrième génération (4G). Les 3 opérateurs de téléphonie mobile sont évidemment concernés.

Logiquement, l’année 2017 devrait voir l’exploitation commerciale de la 4G par ces opérateurs. Ce laps de temps devrait par ailleurs, permettre aux acteurs susnommés de s’équiper et de se préparer à la bataille. Un événement qui n’est pas pour déplaire aux 3 acteurs du marché. « L'Algérie sera au niveau de tous les pays européens » a ainsi déclaré Vincenzo Nesci, Président Exécutif de Djezzy.

Quels tarifs appliqués ? 

Pour l’instant, le seul opérateur à avoir communiqué sur les futurs tarifs de la 4G reste Ooredoo. Ce dernier a d'ores et déjà proposé les meilleurs offres et services digitaux 4G aux mêmes tarifs appliqués pour la 3G. « Nos abonnés feront un passage de la 3G vers la 4G gratuitement » a déclaré Josph Ged récemment. Il est fort à parier que les autres opérateurs suivront. De toute manière, c’est exactement de cette manière que les opérateurs français se sont lancés dans la 4G pariant sur le volume de data consommé par les usagers. Surtout que les investissements sont assez importants. Pus d’un milliard de dollars sur deux ans, ont été investis par l’opérateur qatari dont une grande partie a servi au déploiement de son réseau 4G.

 Entretien avec Merouane Debbah, Professeur à centraleSupelec 

Merouane Debbah est  professeur à CentraleSupélec et fondateur du centre de recherche de Huawei à Paris en mathématiques et algorithmiques. Il dirige entre autres une équipe de 70 mathématiciens dans le domaine des communications et réseaux pour la 5G.

Sollicité pour nous éclairer sur le déploiement de la 4G en Algérie, Merouane Debbah pense que la 4G n'apportera pas de révolution au secteur des TIC's dans le pays. Selon lui, un système de monétisation adéquat est indispensable afin de monétiser toute l'économie autour des TIC's.


N'TIC Magazine : La 4G s'installe doucement en Algérie, quelles nouveautés va-t-elle apporter par rapport à la 3G ?

Merouane Debbah : Avec la 4G, les réseaux mobiles entrent dans l'ère du très haut débit, offrant des performances que la 3G ne peut qu'effleurer et rapprochant les débits mobiles des débits fixes.  L'augmentation du débit avec la 4G permet un progrès significatif de la qualité sur les réseaux mobiles et à ce titre, on peut parler de rupture technologique. Ce sont surtout les évolutions de la 4G qui vont apporter des changements importants en  termes d'usage. Le passage de la 3G à la 4G est principalement une question de débit et de qualité de service avec des débits moyens de l’ordre de 40 Mb/s mesurés. Par contre, le socle technologique de la 4G, connu sous le nom de LTE (Long Term Evolution), va permettre de rapidement déployer la 4G+ et 4G++ via de simples upgrade du réseau.  Ainsi, avec la 4G++, des débits de 1Gbps sont possibles. Cette évolution de la 4G permet le stockage dans le cloud qui est gourmand en bande passante, de la vidéo avec une qualité 2K à 4K et la réalité virtuelle sachant que les premiers smartphones 4K seront lancés dès cette année.  Des constructeurs offrent dès cette année des casques de réalité virtuelle pour tout achat de  smartphone.  Une expérience 4.0 est aussi possible sur ce type de réseaux avec de la voix HD (Haute Définition) et de la video HD.  Enfin, avec la 4G++, il est possible de  pouvoir connecter l’ensemble des objets (la technologie s’appelle le NB-LTE pour narrowband LTE) avec plus de 100 000 connections par cellule. Les applications phares sont le smart home, les smart buildings, la santé, le smart metering et les « wearables » (montre connectée par exemple). On voit bien qu’il y a un marché énorme en termes d’applications, en particulier pour les villes intelligentes.

 

N'TIC Magazine : Avec une croissance en stagnation depuis quelques années, les opérateurs peuvent-ils espérer un rebond avec l'arrivée de la 4G?

Merouane Debbah : La 4G a été principalement un succès technologique et ne permet pas forcément  une plus forte croissance. Cela permet surtout de maintenir le taux de croissance, ce qui est déjà pas mal ! En effet, une croissance en stagnation ne veut pas dire que les opérateurs ne gagnent plus d'argent...ils gagnent juste autant qu'avant. Les observations actuelles montrent que les clients ne sont pas prêts à payer plus pour la 4G que la 3G. En Europe, il y a très peu  de différence entre un forfait 3G et un forfait 4G. Par contre, les clients  sont prêts à payer pour le contenu qui est transporté par la 4G (video à la demande, etc). En Europe, ce constat a poussé  les opérateurs à devenir fournisseur de contenus et nous assistons à une forte convergence médias et télécommunications chez les opérateurs. Beaucoup d'opérateurs achètent des droits pour diffuser des championnats de football par exemple, conçoivent des films sur des supports mobiles et ce type de  contenu génère des marges importantes. La 4G n'est qu'une autoroute avec un péage fixe (le forfait). Les clients paient pour la marchandise (le contenu). Avec une autoroute de qualité, nous pouvons faire passer plus de marchandise et plus vite, ce qui permet d'accroitre les gains pour les propriétaires de la marchandise. A plus long terme, avec la 4G++, la partie service liée à la gestion des objets connectés (capteurs, etc) est aussi un autre  gisement de croissance important. Là encore, ce n'est pas dans la récupération des données liée aux objets connectés mais autour de la gestion des données (ce que l'on appelle la révolution Big Data). Ces données sont une véritable mine d'or d'information.

 

N'TIC Magazine : L'arrivée de la 4G va favoriser le développement de contenus et d’applications, comment intégrer cet écosystème dans un système économique rentable ?

Merouane Debbah : Dans la 4G, il y a deux concepts très importants: le très haut débit et la mobilité.  C'est la rencontre de ces deux concepts qui est importante. En effet, si seulement le très haut débit est considéré, le secteur des  TIC  aurait dû déjà  décoller en Algérie  avec le  haut débit fixe ou la 3G. La 4G améliorera de manière importante les choses mais n'apportera pas de révolution. Il faut par conséquent sérieusement se poser les bonnes questions sur les raisons de ce retard dans le développement des TIC's en Algérie, en particulier sur les aspects services et contenus algériens. Les questions de e-paiement doivent être également rapidement résolues, car elles sont la clé de voute pour monétiser toute l'économie autour des TIC's.

 

N'TIC Magazine : Pensez-vous que la 4G peut faire décoller le secteur des  TIC's en Algérie ?

Merouane Debbah : Certainement.  Par contre, j'insiste : le secteur des TIC's ne  pourra se développer qu’avec un système de monétisation adéquat. Si c'est le cas, tout ce qui concernera la mobilité pourra effectivement exploser avec la 4G. De ce point de vue, les perspectives sont innombrables:  Télé-médecine, télé-éducation, commerce en ligne, Cloud, Big Data, M2M et  médias audiovisuels.


N'TIC Magazine : Selon vous, comment les TIC's peuvent-elles participer au développement du pays ?

Merouane Debbah : Toutes les études montrent l'impact important des TIC's sur le PIB, de l'ordre de 6 à 8% selon les pays. Les TIC's impactent l'ensemble de la chaine économique, avec un nombre important de créations d'emplois. C'est d'autant plus important qu'en général, les barrières d'entrées en termes d'investissement sont assez faibles. Ce qui est une bonne nouvelle pour un pays comme l'Algérie.  On le voit avec les start-up dans les IIC où beaucoup se font dans un garage avec un PC et une bonne connexion internet. De manière plus générale, le secteur des TIC's  permettra  d'augmenter l’attractivité de notre territoire à travers une  hausse de la productivité du travail, la délocalisation des entreprises sur notre territoire, la baisse des coûts d’approvisionnement et  l’efficacité des entreprises à travers une meilleure gestion des  ressources. Le secteur financier,  le système de la santé, le secteur éducatif et le secteur touristique  ont énormément à gagner de la mise en place de systèmes de TIC sûrs et sécurisés. Cela est d'autant plus important que nous avons un pays vaste avec des conditions climatiques extrêmes.  De ce point de vue, j'aime bien rappeler l'exemple de la Finlande, qui grâce à un investissement massif dans les TIC's,  est en tête des classements mondiaux (éducation, santé, etc) avec un pays vaste, avec peu de ressources et  vivant avec des températures extrêmes.