Date : 15/12/2017
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18 octobre 2017 M.A.A Imprimer

ENTRETIEN AVEC ABDERRAHMANE BENHAMADI, PDG CONDOR

“ Nous avons exporté en moins d’une année près de 10 millions de dollars de produits”

 

Bilan de la stratégie d’exportation du groupe Condor, le climat économique qui règne en Algérie, décision du gouvernement de recourir à la planche à billets, Abderrahmane Benhamadi, PDG du Groupe Condor, s’est confié à N’TIC magazine.

N'TIC : Comment se porte Condor sur le marché algérien, son chiffre d’affaires, ses parts de marché ?

Abderrahmane Benhamadi : Condor se porte bien. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires de plus de 850 millions de dollars en 2016 avec croissance de 17%. Le chiffre d’affaires du segment IT et Mobile a connu une croissance de +32 % avec 15 modèles lancés en 2016. En septembre de la même année, à l’occasion de la foire de IFA de Berlin, Condor a lancé la TV OLED et en janvier 2017, Condor a présenté la TV 8K, une première en Algérie. Nous avons une part de marché moyenne de 30%. Ceci dit, nous détenons jusqu’à 40% de parts de marché certaines familles de produits notamment les produits TV.


N'TIC : Vous évoluez dans un marché très concurrentiel notamment dans la téléphonie. Quelle est la stratégie de Condor face à la forte concurrence chinoise ?

A.B : Je dirai de prime abord que nous ne redoutons pas la concurrence que nous considérons comme un moyen de nous stimuler en permanence pour qu’on soit toujours à la hauteur des aspirations de nos clients. Par rapport à la forte concurrence chinoise, il faut noter que les Chinois se sont essayés au dumping à un certain moment mais ils n’ont pas réussi. Je dirais même que l’un de nos concurrents chinois les plus importants est sorti de la gamme de 150/200 dollars pour aller vers les modèles 400/500 dollars. Ceci pour dire qu’il n’est pas facile de concurrencer Condor dans son domaine.

S’agissant de la stratégie, elle est un peu différente de celle des Chinois. Parce nous avons des produits destinés à toutes les catégories sociales avec notre large gamme. Mais notre atout majeur c’est incontestablement notre service après vente performant où nous avons énormément investi, ce qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas faire.


N'TIC : Récemment vous avez effectué quelques opérations d’exportation. Quel bilan faites-vous de cette expérience?

A.B : Nous avons commencé à exporter fin 2016, à vrai dire. Mais la plupart des opérations d’exportation ont été réalisées en 2017. Ces opérations ont touché toute la région du Maghreb et quelques pays africains. Il s’agit de la Libye, la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal, le Bénin, le Congo-Brazzaville et le Burundi. Et je peux vous dire que les premiers résultats que nous avons réalisés sont encourageants. Nous avons en effet exporté en moins d’une année pour près de 10 millions de dollars de produits Condor.


N'TIC : Donc, votre stratégie à l’export est tournée vers l’Afrique ?

A.B : Nous avons exporté également en Europe, notamment en France, à travers des opérations ponctuelles. Vers ce pays, nous avons fixé un seuil de 20.000 euros/mois. Mais l’objectif c’est d’aller vers 100.000 euros de produits exportés par mois. Je dois préciser que si nous avons des objectifs toujours ambitieux c’est que tout ce que nous avons exporté jusqu’à présent a été vendu.

D’ailleurs, pour répondre à votre question sur le marché africain, notre objectif n’est pas seulement d’exporter, mais de reproduire notre business model en Afrique du Nord, notamment en Tunisie et au Maroc. Pour résumer nos ambitions dans ce domaine, nous allons considérer ces deux pays comme des « wilayas d’Algérie » en ce sens qu’on va investir dans la logistique, le service après vente, la formation du personnel. En somme, tout ce que nous faisons en Algérie nous allons le reproduire dans ces deux pays. En Libye, en raison de la situation politique et sécuritaire délicate, nous travaillons juste avec des distributeurs locaux. Pour les pays d’Afrique, notre stratégie est de trouver un distributeur local avec un réseau étoffé qui va faire l’expansion.


N'TIC : Quels objectifs fixez-vous à moyen terme pour l’exportation ?

A.B : Nous visons un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros d’exportation pour 2018. C’est notre objectif.


N'TIC : Certains décrivent le climat des affaires actuel comme défavorable à l’épanouissement des entreprises. Qu’en pensez-vous ?

A.B : Je pense que certains exagèrent en décrivant la situation politique du pays en évoquant des perspectives des plus sombres pour notre économie. Il est vrai qu’on traverse une période difficile mais il ne faut pas verser dans la spéculation sur l’avenir du pays au risque d'ébranler la confiance des industriels algériens et des investisseurs étrangers.


N'TIC : Que proposez-vous pour « assainir » ce climat des affaires ?

A.B : Le climat des affaires a besoin de stabilité. La dernière période d’instabilité du management au sein de l’Exécutif, des lois et des décisions, a été mauvaise pour le climat des affaires. La loi, bonne ou mauvaise, doit être stable. Une entreprise, algérienne ou étrangère, a besoin de visibilité sur 10 ou 20 ans pour cadrer ou calibrer ses décisions.


N'TIC : Le gouvernement vient de prendre une décision lourde en recourant à la planche à billet. Quels sont les impacts attendus de la baisse annoncée du dinar sur l’activité de Condor ?

A.B : Dans un pays importateur net de produits, cela va engendrer un renchérissement des prix à la consommation, ce qui va se répercuter sur le pouvoir d’achat de la population et donc une baisse de la demande. Dans l’absolu, le recours à la planche à billet avec les risques inflationnistes qu’il peut engendrer, est une mauvaise nouvelle. Mais je reste optimiste.


N'TIC : Le nouveau Premier ministre a apporté un plan d’action très critiqué qui a été d’ailleurs approuvé par l’Assemblée. Trouvez-vous un côté positif à ce plan ?

A.B : Assurément. Mais je ne retiens que la plus importante à mes yeux en tant que producteur national. Il s’agit de la décision du Premier Ministre concernant l’application stricte de la clause de la préférence nationale de l’ordre de 25%, dans l’octroi des marchés publics. C’est une excellente nouvelle pour nous, pour la création de l’emploi et pour les finances publiques. Une entreprise qui produit en Algérie, paye ses impôts au Trésor et c’est tout le monde qui est gagnant. Parce que si on importe des produits, et quand bien même ils sont moins chers que ceux produits en Algérie, ça ne rapporte rien du tout.


N'TIC : Le ministre du Commerce a élargi récemment le régime des licences et des quotas à certains produits, dont la téléphonie mobile et l’électroménager. Comment accueillez-vous cette mesure ?

A.B : Je considère cela comme une protection artificielle pour qu’on soit compétitifs par rapport au produit étranger. Alors qu’il faut qu’on soit compétitifs du point de vue international, dans un monde globalisé. Je m’explique : Condor exporte des téléphones en France, en Italie, en Espagne sans contraintes. L’Algérie met des restrictions pour l’importation de certains produits venant de ces pays. On peut imaginer que ces pays prennent eux aussi des mesures similaires, par rétorsion. Je suis pour les mesures de protection de la production nationale par rapport à un produit étranger qui ne respecte pas les normes de fabrication et de qualité mais, si c’est pour imposer des restrictions sur un produit qui respecte les normes, juste pour protéger ma production, je ne suis pas d’accord, même si c’est dans mon intérêt. Protéger nos entreprises passe par instaurer une concurrence saine et loyale.


N'TIC : Vous considérez le photovoltaïque comme votre cœur de métier. Où en êtes-vous dans ce domaine surtout que le gouvernement s’apprête à lancer un projet de 4000 MW ?

A.B : Nous avons investi dans une usine entièrement automatique, pour faire passer notre capacité de production de 70 MW / an à 130 MW/an. Cette usine entrera en service ce mois d’octobre. Pour le projet de 4000 MW d’électricité en renouvelables, on souhaite être intégrés dans le projet puisqu’on est fabricants de panneaux photovoltaïques.


N'TIC : Vous êtes aussi dans l’automobile avec Peugeot. Quel est le sort de ce projet ?

A.B : Nous avons paraphé le pacte des actionnaires il y a deux mois, on attend le passage du pacte devant le Conseil de participation de l’Etat (CPE), parce que nous avons un partenaire étatique pour notre dossier passe au Conseil national d’investissement (CNI). D’après les informations de notre partenaire Peugeot, ça va aller vite. Je pense que ça va se concrétiser avant la fin de l’année en cours.

En tout état de cause, nous sommes prêts. Et ce que nous proposons comme projet va au-delà de ce qu’exige le nouveau cahier des charges.


N'TIC : Votre récente actualité est le rachat de la marque italienne Nardi. En quoi consiste le projet ?

A.B : Nardi est une société italienne qui exporte vers 80 pays des produits encastrables. Elle fait certes un seul produit mais elle le fait très bien, avec des brevets et une qualité de standard international. Avec cette acquisition on va commencer, en 2018, la production de produits encastrables sous la marque Nardi.

Nous sommes actuellement en phase de délocalisation des équipements vers l’Algérie. Nous avons, pour cela, introduit une demande au niveau du ministère de l’Industrie. On attend donc l’autorisation pour délocaliser les équipements vers Bordj Bou Arreridj. Les produits Nardi seront désormais estampillés « Made in BBA ».

 

 

 

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