Date : 27/05/2019
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Cyber-riots et e-democracy : Facebook fait sa révolution

Notre pays vit une révolution. Une vraie. Une révolution politique et sociétale. Et comme la technologie a envahi nos vies, les réseaux sociaux sont de plus en plus la source et le lieu des révolutions et des émeutes.

 

Il existe énormément de similitudes entre les mouvements de contestation de chez nous, le Hirak, et celui des gilets jaunes en France. Eux-mêmes présentent les mêmes caractéristiques que ce qu’on appelle le Printemps arabe en Tunisie et en Egypte. Ceci parce qu’ils obéissent tous aux mêmes mécanismes sous-jacents.

CyberRiots : les réseaux sociaux et les émeutiers

Les réseaux sociaux sont devenus les terrains privilégiés des révolutions. Le phénomène communément appelé Printemps arabe est né et a été mené depuis les réseaux sociaux. Il en va de même pour les évènements vécus par notre pays en ce début de l’année 2019. Il est animé par des émeutiers électroniques ou cyber-rioters et qui stimule un grand nombre d’internautes à participer à ces évènements.

Il y a plusieurs facteurs qui font des réseaux sociaux -Facebook, Instagram, WhatsApp et les autres- le vecteur le plus approprié à ce type de mouvements. Citons-en quelques-uns.

1.      Propagation

Les messages arrivent à chacun de nous par ses propres contacts, qui sont des membres de sa famille, des amis ou autres personnes de confiance. On a ainsi tendance à leur attribuer une crédibilité supérieure aux messages venus d’une autorité centrale : du gouvernement, d’un parti politique, d’une chaine TV,… Notre méfiance s’émousse dans un environnement familier.

La structure en toile du réseau fait que les informations s’y propagent par capillarité. Chaque personne voit sur sa timeline un message d’une personne digne de confiance. Comme on lui accorde de la crédibilité, on a tendance à partager son message avec nos propres contacts. Sachant que même si on ne le fait pas suivre, le réseau s’en charge spontanément, créant ainsi une viralité des messages parmi les émeutiers.

2.      Algorithmes

On a précédemment parlé de l’algorithme de la timeline de Facebook ; il est l’une des raisons de la grande pertinence des messages qu’on voit défiler et la principale raison du succès de Facebook et de son côté addictif. L’on a également dit que l’algorithme de la timeline est régulièrement mis à jour pour pallier à l’émoussement de notre attention et de notre intérêt. Dans l’une des grandes mises-à-jour récentes de cet algorithme, Mark Zuckerberg a demandé qu’on priorise les échanges et les évènements locaux sur les autres posts de promotion ou d’information internationale par exemple. Ceci pour renforcer la structure géographique du réseau virtuel ou pour redonner au réseau social son côté géographique. Ceci a pour corollaire de créer des bulles de discussions qui amplifient les évènements locaux, comme par exemple les cyber-riots.

3.      Sources intraçables

La source de beaucoup de messages est inconnue. Le fait est que ce mouvement n’a pas de tête ; du moins pas de source identifiée et pas de leader clair. Ceci est une source sérieuse d’inquiétude. Les réseaux sociaux n’aident pas à l’émergence de leaders et nous connaissons les grandes limites de la démocratie directe.

4.      Hors de contrôle

Comme beaucoup d’autres pays, notre pays dispose de services chargés de la prévention du crime électronique. Les publications sur les réseaux sociaux sont scrutées et tout dépassement est transmis à la justice. Ce mécanisme existe dans beaucoup de pays, y compris dans des pays de vielle tradition démocratique. La raison première est que les publications sur des plateformes numériques obéit à la même réglementation que dans d’autres médias comme la presse ou l’audiovisuel : la violation des droits d’auteur, la diffamation, l’incitation au crime ou d’autres délits y ont la même portée.

Malheureusement, derrière ce terme de prévention du crime électronique se cache parfois une police politique : beaucoup de moyens sont mis sur pied pour étouffer dans l’œuf une opposition politique ou pour tenter de comprendre et d’anticiper des mouvements de contestation.

C’est également sous couvert de lutte contre le crime électronique que Facebook, Google et les autres donnent aux gouvernements, y compris les plus répressifs, des outils de contrôle et de traçage de l’activité. On sait très bien combien business, politique et éthique font mauvais ménage.

Cependant, par sa nature ouverte, le web est structurellement incontrôlable. Les VPN, le dark web, les messageries privées et les services cryptés,… il existe beaucoup de moyens qui permettent la dissimulation d’activité et de contenu sur le web. WhatsApp est une messagerie cryptée de bout en bout et Messenger dispose également de ce mode ; cela assure que personne d’autre n’a accès aux messages échangés. C’est donc un facteur de naissance de révoltes dans les pays dits totalitaires. Même dans les situations extrêmes où les points d’ouverture avec l’extérieur sont très peu nombreux et très fortement contrôlés comme en Corée du Nord.

5.      Manipulation

Des expériences de manipulation d’humeur ont été réalisées par Facebook par le passé et ont montré des résultats stupéfiants. Il est ainsi possible pour Facebook d’influencer le comportement collectif d’une foule.

L’un des plus impressionnants livres dans ce domaine est un essai publié en 1895 par Gustave LE BON portant le titre de « Psychologie des foules ». Ce livre caractérise la foule par trois qualificatifs. Ces mêmes caractéristiques sont parfois exacerbées par l’instantanéité des rapports offerte par la technologie : l’irresponsabilité, la contagion et la suggestibilité.

Parmi les constatations du livre, on note l’évanouissement de la conscience d’une foule. Cela fait qu’une foule formée de personnes hautement éduquées et une foule hétérogène réagissent quasiment de la même manière. Donc le fait d’avoir affaire à des personnes très instruites ne change pas le comportement global de la foule.

Qui n’a pas entendu parler de Cambridge Analytica ? Cette société qui a manipulé l’élection présidentielle américaine de 2016 en favorisant le candidat Trump. Elle a également favorisé le Brexit européen et influencé les élections législatives indiennes de 2014. De tels résultats sont dus à la récolte et le recoupement de grandes quantités de data. On peut alors imaginer le pouvoir de tels organismes sur les opinions nationales et mondiales.

La compréhension des mécanismes qui sous-tendent la psychologie des foules permet de la manipuler. Ceci est normalement l’apanage de la politique et des grands leaders ; mais la technologie met cette compétence entre les mains d’organismes commerciaux et de groupes d’intérêts et rend le sort du monde encore plus incertain qu’il ne devrait l’être.

e-democracy : démocratie directe et technologie

Finissons sur une note positive : la technologie, qui facilite les révoltes peut également aider le peuple à s’organiser et à échanger afin de créer une structure démocratique.

Il existe une catégorie de startups qu’on appelle les CivicTech qui ambitionnent de révolutionner le monde politique en offrant des outils qui relient le citoyen à la vie publique. Le site TechCrunch définit les CivicTech comme des technologies visant à permettre d’aider les citoyens à rendre le gouvernement plus accessible, efficient et efficace.

Nous avons déjà parlé de change.org la plateforme qui permet de signer en ligne des pétitions sur des questions d’intérêt général.

DemocracyOS est une autre plateforme, libre et beaucoup plus complète pour recueillir les propositions des gens, organiser des débats, référendums et des sondages. Tout ceci en gardant en vue les grandes limites de la démocratie directe.

Il reste énormément d’outils à inventer dans ce domaine, notamment pour consolider le lien du citoyen avec ses représentants dans le cadre d’une démocratie représentative. Le développement des CivicTech permettra très probablement de faciliter la contribution du citoyen à la vie publique et à apaiser ainsi les relations gouvernants-gouvernés.

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