Date : 03/07/2020
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9 décembre 2015 Amine Sayeh Imprimer

Technologies mobiles : bilans et perspectives

Premier pays à disposer de cette technologie sur le continent africain, l’Algérie avait lancé la 4G LTE fixe en Avril 2014, tambour battant, annonçant l’entrée officielle du pays dans l’ère numérique. La 4G devait permettre pour la première fois à l’internaute algérien d’accéder au haut débit, une couverture de l’internet plus étendue, notamment dans les zones sans couverture téléphonique, et enfin un développement de l’environnement multimédia, de la vidéo sur internet et du streaming. Mieux, elle devait préparer le terrain pour le lancement de la 4G mobile. Une révolution qui devait succéder à celle de la 3G qui avait (ou aurait du) changer nos vies. On se souvient encore des annonces à la veille du lancement de la 3G. C’était une nouvelle Algérie qu’on devait découvrir à la faveur de l’achat d’une nouvelle puce téléphonique. Une Algérie connectée, moderne, rapide et efficace. 2 ans plus tard, qu’en est-il ?

 

C’est un bilan très mitigé que nous sommes obligés de faire du lancement des différentes technologies mobiles en Algérie. D’abord parce qu’elles se sont faites dans la douleur. Ensuite parce que celles-ci n’ont pas été la révolution numérique tant attendue. Elles n’ont pas eu les effets attendus sur l’économie, en termes de développement du contenu, de l’amélioration de la qualité de la connexion internet, de la création d’entreprises et d’emplois et encore moins de richesses. C’est la montagne qui a accouché d’une souris. Ces technologies mobiles, qui restent restreintes à la connexion internet, ont tout juste fourni des services alternatifs d’internet aux exclus de l’ADSL, à ceux qui ne possèdent pas de ligne téléphonique, ou aux habitants des zones non couvertes par Algérie Télécom et autres nomades du numérique. Certes, ceci a eu des conséquences plutôt positives.

En effet, la pénétration d’Internet dans la société algérienne a augmenté sensiblement (elle est passée de 6% à 24% en quelques mois), grâce à l’engouement pour la 3G, mais c’est comme si on avait apporté un char pour tuer une mouche. Les technologies mobiles devaient être nombreuses et variées, efficaces, de pointe, toucher un large pan de notre économie et plusieurs de ses domaines, et tirer l’environnement numérique vers le haut, mais c’est comme s’il y avait eu un bug, ou une évolution lente.

 

La 3G, une révolution ratée ?

 

L’histoire de l’arrivée de la 3G en Algérie en est un exemple. D’abord par son retard. Pour rappel, la 3G n’est arrivée en Algérie que 3 années après ses plus proches voisins de l’Est et de l’Ouest, à savoir la Tunisie et le Maroc. Reportée plusieurs fois, elle finit par pointer le bout de son nez en fin d’année 2013. Elle devait changer nos vies, bouleverser nos habitudes de consommation, nous sortir du sous-développement numérique et nous mettre au diapason des grandes nations dans ce domaine. On se souvient encore des tests effectués par les opérateurs concernés, face caméra, avec des débits ahurissants, une rapidité de connexion insolente, et de nombreuses promesses. “Ce ne sera pas cher ”, “ ce sera rapide et ce sera de bonne qualité ”. Ils nous avaient promis une connexion partout et à tout moment, rapide, et accessible. On en est loin malheureusement.

La 3G, bien qu’elle ait clairement apporté sa pierre à l’édification d’une économie numérique aussi fragile soit-elle, n’a pas tenu ses promesses. D’abord par sa qualité. “ La 3G partout et tout le temps ” qu’on nous avait vendu, ce n’est pas toujours vrai. La qualité du réseau fait débat, tout opérateur confondu. On se connecte parfois très difficilement et surement pas partout. D’ailleurs, ceux qui peuvent accéder à la 3G et à l’ADSL en même temps préfèrent la seconde option, beaucoup plus fiable. Il est loin le temps où les experts prédisaient la disparation d’Algérie Télécom avec l’avènement de la 3G. On devait tous céder nos vieux modems contre cette nouvelle technologie, plus pratique et de meilleure qualité. Nous n’en sommes pas encore là. Une situation qui est pourtant arrivée chez nos voisins, où la 3G a pris le dessus sur les connexions filaires.

Vient ensuite le problème du prix. La 3G est chère en Algérie. Plus chère que chez nos voisins, preuves et affiches publicitaires à l’appui. Evidemment, les opérateurs trouveront toujours des arguments pour nous l’expliquer : “ le pays est grand, il faut couvrir de larges zones, rattraper un retard énorme ”, “ tout doit être importé ”, et bien sur “ la 3G a été amortie chez nos voisins mais pas chez nous ”. Mais cela ne change rien à notre constat.

Le développement de la 3G est bridé par ses tarifs. La plupart des consommateurs ne prennent que des forfaits basiques, car seuls à être dans leurs moyens, la plupart du temps à la journée. On ne télécharge pas, on ne regarde pas de vidéo, on ne partage pas sa connexion, trop onéreux ! Et cela impacte directement le contenu. Tout au plus, on utilise la 3G pour les réseaux sociaux, ou lire ses mails, en prenant bien soin d’éviter toute application à notification. C’est dommage.

Enfin, le récurent problème de l’environnement ou de l’écosystème qui ne suit pas le développement du numérique en Algérie. C’est bien d’avoir la connexion tout le temps, sur son portable, toujours à portée de main. Mais c’est encore mieux de l’utiliser et de l’exploiter à sa juste valeur. D’acheter ou de réserver en ligne, de prendre des rendez-vous via des terminaux mobiles, de se géolocaliser, et d’utiliser des applications pour des gestes de la vie de tous les jours. Mais ça, ce n’est pas encore possible en Algérie.

Le contenu algérien est pauvre et si c’est le cas, c’est évidemment à cause d’un environnement qui ne s’y prête pas. Si les applications d’achat et de réservation en ligne n’existent pas ou si peu, c’est parce que le paiement en ligne n’est toujours pas autorisé. Les alternatives comme le M-paiement (paiement mobile via ce que l’on appelle communément le Flexy) n’existent pas chez nous, alors que les pays d’Afrique les moins développés en font un booster de leur économie. On peut créer du contenu, des applications, des systèmes ingénieux, mais pas les monétiser. Du coup, on n’en crée pas ! Pire, les plateformes de réservation ou de livraison en ligne font encore face au phénomène du canular, les reflexes d’une économie numérique n’étant pas encore entrés dans nos moeurs. Bref, l’environnement ne se prête pas à une économie numérique dynamique. Il ne manquerait plus que les prix de la 3G augmentent.

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