Date : 15/09/2019
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Aux origines de l’Open Source (Partie II)

Nous avons précédemment parlé des enjeux historiques de l’Open Source et les conditions qui ont présidé à son apparition. Un groupe de gens visionnaires, un tantinet idéalistes et très motivés ont activement œuvré à en faire une réalité. Ceci part de l’idée que le code source des applications doit être un patrimoine commun à l’humanité et ne devrait pas être la propriété d’un cartel. Le revenu des sociétés informatiques devrait ainsi plutôt venir des services autour du logiciel : intégration, formation, support,…

 

Les nouveaux Business Models (suite)

Il existe d’autres cas de business models beaucoup moins triviaux. Par exemple : Android. Basé sur un noyau Linux mais contenant un tas de modules propriétaires développés par Google, son utilisation par les fabricants de smartphones n’est ni libre ni gratuite. Google tire une bonne partie de son revenu de la vente de contenu de la Play Store ainsi que de la publicité. Le revenu publicitaire est assuré par Google grâce à un module que les fabricants de smartphones sont forcés d’installer et qui a fait l’objet d’une amende de 1,5 Milliard d’euros pour abus de position dominante.

Etoffer son CV

Aussi loin que je me souvienne, durant les entretiens d’embauche pour un poste de développeur que j’ai passés dans certains pays (Allemagne, Australie, USA, Norvège, …) la participation à des projets Open Source est un critère extrêmement recherché.

Il faudrait que nos étudiants prennent cette habitude de contribuer à des projets Open Source. Ceci présente d’énormes avantages : d’abord faire office d’une première expérience professionnelle, tellement recherchée par les employeurs. Ensuite, cela permet d’aiguiser ses compétences techniques, méthodologiques mais surtout en termes de qualité. Il permet surtout de rester toujours à la pointe de ce qui se développe comme projets au niveau mondial.

Et dans les universités

C’est précisément là que se construit le monde. C’est là que sont entamées les révolutions, c’est là que GNU/Linux a vu le jour et c’est également là que se forment les ingénieurs qui s’occuperont du software d’aujourd’hui et de demain.

La promotion de l’Open Source commence à l’université. Et le combat se mène également là. Quand on voit avec quelle agressivité certaines sociétés commerciales abordent la question de la promotion de ses solutions dans le milieu étudiant, même pour un marché de taille réduite comme celui de l’Algérie, on comprend les enjeux : licences gratuites et une foule d’outils gratuits et de privilèges pour tous les étudiants, programme de financements pour les startups afin de les pousser à adopter les solutions ainsi qu’une forte tolérance au piratage. Tout cela vise à formater les esprits aux solutions maison. Et c’est une chose normale. A l’inverse, la communauté Open Source bien que très active, est extrêmement discrète, voire inaudible.

Il est absolument fondamental que les clubs étudiants -mais aussi les administrations et le corps enseignant- prennent conscience de ce changement de paradigme dans le monde du logiciel et de la question de notre indépendance vis-à-vis des technologies qui en est la conséquence au bout.

Avec la digitalisation -ou la transformation numérique- le software est devenu l’infrastructure primaire de toute économie. Désormais, le fonctionnement de la moindre entreprise, aussi petite soit-elle et quel que soit son secteur d’activité, est soutenue par une infrastructure informatique. La dépendance vis-à-vis du software s’est largement accrue.

Il est nécessaire, dans ces conditions, de former plusieurs générations d’ingénieurs nourris à l’Open Source pour assurer la transition du pays vers l’économie du logiciel Open Source et déborder sur le reste de l’économie pour équiper administrations et entreprises et assurer une pérennité et une évolution des solutions.

L’université est également le siège de l’innovation et des startups. Notre ami Riad Hartani fait la promotion de ce qu’il appelle Leap Frog Innovation. C’est de développer des applications adaptées aux besoins locaux mais adossées à des solutions Open Source fiables. Comme de développer un Cloud privé pour les besoins de l’économie nationale en s’aidant du projet OpenStack ou de développer une solution de communication globale en se basant sur le projet Open Xchange ou encore de développer une solution globale de gestion des projets de la ville en partant du projet Redmine. Les bénéfices sont innombrables : on part ainsi d’un projet viable, stable, de qualité internationale et entretenu par une société établie qui peut fournir le support, on gagne énormément en temps et en coût de développement et on se concentre sur les fonctionnalités spécifiques de notre projet.

Implications politiques

Comme vu précédemment, l’économie du pays se prépare à l’université. Et l’université dépend de la politique. Il est important de redéfinir la politique nationale de la formation.

S’en suit la politique d’équipement des institutions. Ça serait une excellente chose si on arrivait à équiper les milliers de postes de travail des administrations et des entreprises publiques d’applications open source. Très compliqué mais possible. Il faut ensuite changer les habitudes des gens, ce qui est encore plus compliqué.

L’autre souci est que, contrairement au logiciel propriétaire, on se doit d’assurer l’installation, la configuration, le bon fonctionnement, la maintenance et l’évolution du software. Grâce à toutes ces cohortes d’ingénieurs qu’on aura formés localement, la relève est assurée. Avec tout l’argent économisé sur le paiement de dizaines de milliers de licences, on peut bien faire ça !

Il se dit que quelques promoteurs de l’Open Source dans l’économie algérienne ont subi d’énormes pressions pour abandonner ; voire des menaces. Bien-sûr. Les enjeux financiers sont immenses et il y a de quoi vous rendre nerveux. Les chiffres d’affaires en jeu est faramineux. Ceci ne peut être possible qu’avec l’implication et le soutien des autorités du pays au plus haut niveau.

GNU : une réussite. Linux : un échec ?

GNU est une formidable success-story. Mais nous pourrions également voir le verre à moitié vide et dire que Linux a quelque peu failli. Beaucoup de systèmes d’exploitation mobiles qui existent ou qui ont existé sont basés sur le noyau Linux. Android mais aussi Meego, Tizen, webOS, Fire OS, Moblin… Les périphériques mobiles sont incompatibles entre-eux par choix et ceci est une chose normale. Les constructeurs ont sciemment créé chacun son propre écosystème.

Par contre, la forte fragmentation de Linux sur les ordinateurs de bureau pourrait empêcher une forte adoption de Linux et ainsi l’empêcher de devenir une force alternative à Windows et macOS. En effet, si les différentes distributions de Linux ont le même noyau et généralement les mêmes modules core, elles sont en général incompatibles entre-elles au niveau applicatif. Linus Torvalds n’avait pas l’air très inquiet sur ce point mais la conséquence est une forte latence dans l’adoption de nouvelles solutions. Chose qui a tendance à se résorber vu que de plus en plus de solutions sont basées sur le Cloud.

Lire la première partie

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