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19 juin 2018 Rédaction Imprimer

Mourad Mechta, fondateur de Guiddini e-commerce

 Guiddini e-commerce est l’une des plus anciennes plateformes de commerce électronique en Algérie. Fondée en 2010 par Mourad Mechta, alors étudiant, la plateforme revendique, aujourd’hui, entre 30 et 50 transactions par jour et une couverture territoriale étendue sur 41 wilayas. La plateforme regroupe plus de 100 fournisseurs de différents produits.

 Dès l’adoption par le gouvernement du projet de loi sur le commerce électronique, les entreprises spécialisées dans la vente en ligne commençaient à se préparer pour faire face à ce nouveau contexte juridique. Il s’agit de s’y adapter, après des années d’activité dans « l’informel ». Il existe des entreprises qui sont bien armées pour conquérir le secteur dès sa régularisation. Guiddini e-commerce fait partie des « pionniers » du commerce électronique en Algérie.

Fondée en 2010, Eurl Guiddini e-commerce fait des pieds et des mains pour réussir sa transition vers la professionnalisation. « Aujourd’hui, nous sommes en moyenne à 150000 visiteurs uniques par mois, avec 500000 membres inscrits depuis 2009. Nous enregistrons entre 30 et 50 transactions par jour. Mais, il faut dire que notre plateforme va évoluer en termes de chiffre d'affaires avec la nouvelle loi qui encadre le commerce électronique », explique son fondateur Mourad Mechta.

L’entreprise est également impliquée dans la promotion du e-commerce et du paiement électronique. Elle est à l’origine de la caravane «Génération Digitale», un événement annuel contribuant au développement de l’économie numérique en Algérie qui sera lancée le premier juillet prochain à Alger avant de sillonner plusieurs villes du Nord du pays.

Mourad Mechta, fondateur de Guiddini e-commerce :


« Notre plateforme va évoluer avec la nouvelle loi sur le commerce électronique »

Mourad Mechta, se présente comme fondateur de l’une des plus anciennes plateformes de commerce électronique en Algérie, Guiddini e-commerce. Il revient dans cet entretien sur son aventure entrepreneuriale, le parcours de son entreprise, les obstacles surmontés et les perspectives de développement de sa plateforme, à l’aune de la nouvelle réglementation. 

N’tic : Vous êtes fondateur de Guiddini e-commerce. Qui est Mourad Mechta ?

Mourad Mechta : Je peux me définir comme un jeune entrepreneur algérien passionné des nouvelles technologies. L’intérêt que je portais et que je porte encore aux Technologies de l’information et de la communication (TIC) remonte à l’époque où j’étais étudiant à la faculté de journalisme. En 2010, j’avais 21 ans lorsque j’ai commencé mon aventure entrepreneuriale, avec un brevet d’invention pour un appareil de services publics.

À l’université, j’ai fait journalisme comme spécialité. Quant à mes connaissances dans le domaine des TIC, je les ai acquises dans des formations dans le développement web ici en Algérie et en Inde. Sinon, je pourrais dire que je suis autodidacte dans le domaine des TIC.

N’tic : Qu’en est-il de cet appareil de services publics aujourd’hui ?

Mourad Mechta : C’est une sorte de borne interactive dotée d’une grande base de données, à installer dans les espaces publics tels que les aéroports, où toutes les personnes abonnées auront accès à plusieurs services comme par exemple, trouver un taxi. Sauf que l’idée était irréalisable à l’époque où on n’avait pas accès à l’Internet mobile. L’idée peut paraitre très ordinaire, voire ringarde aujourd’hui, mais ce n’était pas le cas en 2009.

Mais, il faut dire que cet appareil multimédia de services publics était le point de départ de mon aventure entrepreneuriale. Après avoir eu mon brevet d’invention à l’Institut national algérien de propriété industrielle (INAPI), j’ai été orienté vers le cyberparc de Sidi Abdellah. Et c’est là-bas que j’ai su que mon projet n’était pas réalisable en raison des limites de l’accès à Internet notamment. Au cyberparc, il m’a donc été demandé de trouver une autre idée de projet. Et c’est là où le premier noyau de Guiddini e-commerce est né.

N’tic : Comment êtes-vous passé d’une invention à un projet de plateforme de e-commerce ?

Mourad Mechta : Comme je viens de l’expliquer, mon premier projet était irréalisable, je devais donc proposer une autre idée. Mes penchants pour les nouvelles technologies appuyés de quelques connaissances et d’une petite expérience dans le e-commerce, m’ont poussé à prendre le pari, avec une petite boutique en ligne que j’avais développée tout seul quand j’étais à l’université. C’est une plateforme de vente de livres d’occasion que je récupérais chez des amis et des membres de ma famille et que j’ai baptisé El-Mismar. Peu de temps après, au cyberparc de Sidi Abdellah, avec l’hébergement, l’incubation, l’espace coaching et les formations, ma petite boutique en ligne s’est développée. Elle est passée d’un espace de vente de vieux livres à une plateforme qui propose plusieurs produits (téléphones, électroménagers, vêtements …etc). Et c’est là que l’appellation de la plateforme a changé aussi ; de El-Mismar à Guidinni e-commerce.

N’tic : Dans votre aventure entrepreneuriale vous étiez confronté à des défis. Quels sont les principaux obstacles que vous avez rencontrés à la réalisation de votre projet ?

Mourad Mechta : Je peux le dire tout de go : L’absence de moyens au début et le vide juridique ensuite, sont les principaux écueils sur lesquels nous avons buttés. L’hébergement de mon site, par exemple, a été payé par un ami à moi qui vit en Grèce, parce qu’il m’était difficile en 2009 de pouvoir le faire.

En outre, mon premier registre de commerce je l’ai obtenu le 5 mai 2010, en raison d’un vide juridique je l’ai fait en mon nom et non au nom de l’entreprise Guiddini e-commerce. Pour l’anecdote, le statut le plus adéquat à l’activité de webmarchand était, selon la réglementation, celui de commerçant ambulant. Aussi, lors des opérations de livraison, nous avons toujours eu des problèmes avec les barrages de sécurité (gendarmerie et police). Les forces de sécurité nous demandaient un registre de commerce marchandises que nous n’avions pas. Mais on a fini par l’avoir et travailler avec deux registres de commerce.

N’tic : Mais depuis, il y a eu de nouvelles conditions avec un nouveau cadre réglementaire. Votre situation s’est-elle améliorée ?

Mourad Mechta : Je tiens à souligner que malgré ces obstacles nous avons pu continuer et avancer dans notre travail. En 2011, nous avons bénéficié d’un financement de l'Agence nationale de soutien à l'emploi des jeunes (ANSEJ). La contribution de ce dispositif d’aide à l’emploi que nous avons reçue, était sous forme de matériels bureautiques, des ordinateurs et un véhicule pour la livraison. Et à travers l’Agence nationale de l'emploi (ANEM) nous avons recruté deux employés. Deux ans après, en 2013, la loi algérienne a autorisé la création d’un registre de commerce de vente par correspondance pour une personne morale. Cette amélioration du cadre juridique nous a beaucoup facilité les choses pour créer l’EURL Guiddini e-commerce. Ainsi, nous avons pu doter notre plateforme d’un nouveau concept de Market Place où nous jouons le rôle de l’intermédiaire. De plus, nous avons réussi à signer un contrat avec Express Mail Service (EMS) d’Algérie Poste qui active dans la livraison. Avant ce contrat, on regroupait les commendes de chaque région et on se déplaçait pour remettre les produits, raison pour laquelle on mettait beaucoup de temps pour fournir les produits aux clients.

N’tic : Parlez nous de votre organisation à l’intérieur de l’entreprise, du nombre de commandes, de transactions enregistrées…

Mourad Mechta : Nous étions sept au début à Guiddini e-commerce, notre équipe est composée aujourd’hui de cinq personnes. Mais nous avons acquis maitrise et expérience qui compensent la perte des deux ressources. Nous avons un Catalogue Manager qui s’occupe de la vérification de la disponibilité des produits, un chargé du service client qui gère les relations clients (réclamations, commandes), deux développeurs web et un chargé Marketing et Community Manager. Et enfin moi, gérant de l’entreprise. Nous avons tous nos tâches principales, mais ceci n’empêche pas qu’on s’entraide ; on se complète pour atteindre notre objectif qui est de satisfaire nos clients.

Aujourd’hui, nous sommes en moyenne à 150000 visiteurs uniques par mois, avec 500000 membres inscrits depuis 2009. Nous enregistrons entre 30 et 50 transactions par jour. Mais, il faut dire que notre plateforme va évoluer en termes de chiffre d'affaires avec la nouvelle loi qui encadre le commerce électronique.

N’tic : Outre le commerce électronique, quels services offrez-vous?

Mourad Mechta : A part la vente en ligne, nous faisons le développement des plateformes du commerce électronique pour des clients. Nous avons aussi l’offre e-store qui regroupe des plateformes de e-commerce déjà prêtes à exploiter. Il suffit au client de mettre les produis sur le site, d’insérer son logo et commencer à vendre.

N’tic : Comment vous évaluez votre expérience et votre parcours depuis 2009 ?

Mourad Mechta : Au début de l’aventure, notre activité était dans le flou et nos investissements étaient risqués. On se déplaçait très loin pour remettre les commandes aux clients et ces derniers renonçaient un peu souvent aux produits à la dernière minute. Face à ce genre de situations, on ne pouvait suivre aucune procédure pour défendre nos droits. Aucune loi ne nous protégeait de ces abus.

Mais l’avantage de Guiddini e-commerce c’est l’expérience acquise. Après presque dix ans d’activité dans le commerce électronique, nous considérons que nous avons une bonne base dans le domaine. Nous sommes aujourd’hui connaisseurs de ce concept et de ses enjeux.

N’tic : Le projet de loi sur le commerce électronique a été adopté récemment à l’APN, que pensez-vous de cette réglementation ?

Mourad Mechta : Malgré certaines lacunes, nous nous félicitons de l’adoption de cette nouvelle loi. C’est un premier pas que nous encourageons, car elle protègera et le client et le webmarchand. Sauf que cette nouvelle loi contient des articles qui pourraient gêner la dynamique des plateformes de e-commerce, à l’instar de l’article qui stipule que l’encaissement des revenus venant des sources étrangères doit être perçu à 100% en dinars. On aurait aimé avoir accès à, au moins, un petit pourcentage de nos revenus en devises. Par ailleurs, nous attendons la validation et la publication dudit projet de loi sur le Journal Officiel afin d’appliquer notre nouvelle stratégie faite pour le nouveau contexte que connaitra le secteur.

N’tic : Vous parlez d’une « nouvelle stratégie ». Pourriez-vous nous esquisser ses grandes lignes ?

Mourad Mechta : Pour ne pas accuser un nouveau retard, nous avons tracé une nouvelle stratégie avec la préparation de plusieurs projets que nous lancerons, au temps voulu, soit une fois la nouvelle loi qui régit le commerce électronique entre en vigueur. Dans notre « frigo » se trouve plusieurs plateformes de service au grand public, de prise de rendez-vous chez le médecin, plateforme relative au tourisme et plein d’autres plateformes dans plusieurs domaines. Nous comptons faire de Guiddini une matrice qui gère toutes nos sous-plateformes. En parallèle, nous préparons notamment les conditions générales de vente selon la nouvelle loi qui nous a poussés à changer pas mal de choses. Le texte de loi stipule, par exemple, que l’inscription au registre du commerce et la mise en ligne d’un site web hébergé en Algérie sont deux conditions obligatoires pour l’exercice du commerce électronique. Chose qui nous a obligés à transférer notre hébergement vers un serveur algérien.

Enfin nous allons proposer de nouveaux services à nos clients potentiels. Il s’agit notamment d’un service d’accompagnement dans le processus du paiement électronique, une prestation dans laquelle nous assisterons notre client dans toutes les étapes de l’intégration de l’e-paiement. Une petite contribution de notre part à la vulgarisation du paiement par carte.

 

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