Date : 18/12/2017
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Akli Amrouche : « Alger a les capacités de devenir une ville intelligente »

Alger a récemment affiché son projet de devenir une cité intelligente. Afin de comprendre cette nouvelle ambition, Akli Amrouche architecte-urbaniste, Directeur de la revue « Vies de Villes ». a accepté de nous livrer sa conception de la "smartcity" ainsi que de commenter le projet "Alger smart City"


N'TIC : On parle de plus en plus de « villes intelligentes ». Que signifie vraiment ce concept?

Les termes pour désigner la ville intelligente sont nombreux : smart city, ville numérique, green city, connected city, éco-métropole, ville durable.  Étant urbaniste, je pourrai vous donner une définition qui est propre à mon domaine de spécialité. En effet, les urbanistes ont de tout temps cherché à rendre la ville plus résiliente et plus cohérente pour ses habitants, déjà en 2D dans son dessin "planimétrique" mais aussi  dans son dessein voulu par les politiques et envisagé par les maîtres d'œuvres, car faire de l'urbanisme c'est avant tout prévoir et planifier en mettant à profit l'ensemble des atouts et paramètres nécessaires à la mise en place de processus performant pouvant garantir un bon pourcentage de réussite des projets de développement au profit de l’intérêt général.

Aujourd'hui avec les nouvelles technologies à notre disposition, nous pouvons aller très loin et très vite dans la planification, nous pouvons prévoir des scénarii d'évolution ou de développement de nos villes en tenant compte d'un nombre impressionnant de données statistiques fiables. Certaines villes dans le monde, en Corée du sud notamment ou en Estonie,  sont déjà dans l'ère de la Big Data, où tous les citoyens sont connectés en temps réel avec tous ce qui les entoure. Tout est répertorié, calculé, mesuré, au point où les modélisations des projets d'équipement ou les projets urbains sont rendus aujourd'hui en 7 dimensions. En plus du plan en 2D classique, s'ajoute l'élévation en 3D, le temps (4D), et puis, le coût (5D), le développement durable et la maîtrise de l'énergie (6D), la gestion, l'entretien et la maintenance (7D),  et enfin les autres dimensions (XD) qui dépendent de l'imagination débordante de l'homme.

Tout cela est quand même un peu effrayant si des règles claires ne sont pas établies. Comme c’est un domaine qui n’a qu’une vingtaine d’années, il faudra codifier l’utilisation des datas récoltés qui doivent de toutes façons nous apporter des avancés dans nos méthodes de gouvernances.

N'TIC : Quelles sont les caractéristiques des villes intelligentes ?

Une ville intelligente est d’abord une ville résiliente qui sait exploiter ses richesses socioculturelles et historiques ainsi que ses atouts économiques ; c’est une ville bien pensée, bien située et bien implantée en tenant compte de son environnement qui peut nous jouer des tours et devenir hostile (inondations, tremblements de terre, sécheresses, etc.). Dans des définitions plus récentes, les villes intelligentes peuvent être classées d’après six critères principaux : la compétitivité régionale, l’économie des transports et des technologies de l’information et de la communication, les ressources naturelles, les capitaux humains et sociaux, la qualité de vie et la participation des citoyens à la vie démocratique de la ville.

N'TIC : Quels sont les pré-requis pour devenir une ville intelligente ?

Le seul pré-requis fondamental à mes yeux est celui du mode de gouvernance. Si on décide de se mettre aux technologies les plus modernes, on doit accepter le jeu de la transparence, de la circulation de l’information et même de la démocratie participative. L’administration de la ville est obligée de se réformer en profondeur pour permettre des synergies internes au profit de la célérité dans le traitement des problèmes nombreux en ville.  Si on y arrive, le citoyen pourra être associé plus facilement et de manière organisé dans la prise en charge de son cadre de vie.

N'TIC : Quels sont les défis technologiques et sociétaux à relever pour une ville comme Alger qui aspire à devenir une smartcity ?

Alger est appelée à devenir une grande Eco-métropole de la méditerranée, c’est son plan stratégique directeur approuvé par les plus hautes autorités du pays (en décembre 2016) qui le stipule. En plus des projets structurants qui sont programmés, Alger s’est doté d’un Système d’information géographique SIG qui est capable de prendre en charge, de façon transversale, tous les problèmes liés à la gestion et la planification des nombreux projets en cours et des nombreuses actions à entreprendre.

C’est en quelques sortes une plateforme puissante qui propose un monitoring à la fois permanent et évolutif sur le développement de la ville. Ce système d’aide à la décision est aussi un outil de simulation de divers scénarii possible et imaginable, que ça soit sur le plan urbanistique, économique, sur la mobilité, sur les droits à construire, sur l’environnement, sur la consommation d’énergie, des ressources en eau, etc… Le défi aujourd’hui c’est la maîtrise avancée de cet outil et les différents logiciels et applications connexes qui sont appelés à évoluer en permanence. Les SIG c’est comme une grosse machine qui s’alimente de données relevés du terrain quotidiennement par des moyens humains (l’ensemble des directions sectorielles) ou bien à l’aide de capteurs et compteurs intelligents. Cette machine vous restitue, grâce à ces données récoltées, des analyses fines et des synthèses rapides et exploitables instantanément par les décideurs, toujours au profit de l’intérêt général. Certaines données peuvent être facilement partagées avec les citoyens pour améliorer leur bien-être, cela peut se faire à travers des sociétés économiques (startups), d’autres données plus stratégiques seront manipulés avec prudence et précaution par les responsables et les élus du peuple pour en faire un bon usage.

N'TIC : Est ce qu’Alger a les capacités de devenir une ville intelligente ?

Oui sans aucun doute, le Wali d’Alger, M.Abdelkader Zoukh, semble s’intéresser énormément à cette problématique, et pour y répondre il s’entoure des meilleurs spécialistes algériens qui ont fait leurs preuves à l’international.

Par contre la mise en place d’une Smartcity va demander du temps et des investissements importants. En ce sens, il faudra exploiter tout nouveau projet à réaliser pour introduire les équipements nécessaires à une exploitation intelligente (câbles de fibre optique, capteurs divers, avertisseurs sonores, systèmes automatisés divers comme l’irrigation, la gestion des déchets, etc.).

Ce n’est pas si naïf que cela, il faut savoir qu’une ville intelligente permet de récolter des données que nous choisissons d’utiliser à bon escient selon le besoin exprimé, elle rapporte beaucoup de ressources financières à la collectivité en évitant les déperditions financières, notamment par les économies d’échelles qui peuvent facilement être engrangés.  Pour illustrer je cite quelques exemples simples : les radars urbains pour les infractions au code de la route, l’exploitation des parkings publics et autres billetterie diverse, l’optimisation des taxes, la maintenance et l’exploitation culturelle de la ville et son patrimoine, etc.

N'TIC : Quelle dynamique cette transformation peut elle enclencher et quelles sont ses retombées sur la vie et l’existence des populations urbaines de la capitale ?

Il faut nous accorder  d’abord sur le fait qu’Alger a besoin d’une mise à niveau urbaine importante du point de vue de ses infrastructures, de son tissu économique de ses problèmes de mobilités, de pollutions, et d’utilisation des ressources, etc.

Sur 20 ans nous pouvons réaliser beaucoup de choses ensemble. La dynamique de transformation que vous évoquez va s’enclencher avec le début des grandes réalisations pour la capitale qui, à mon avis, n’ont pas encore commencé, il y a certes des embryons de projets structurants, mais cela reste juste une entame d’un processus long de développement, notamment sur le plan des ressources humaine. Quand vous prenez la grande mosquée d’Alger, ce n’est qu’un embryon d’un futur grand quartier important  pour la capitale, idem pour ce qui va se développer autours du grand stade de Baraki, de la place des martyrs, etc.

En parallèle à ce développement urbain inédit à Alger, il faut assoir d’autre processus aussi importants comme celui de la gestion numérisée et intelligente de la ville. L’un des avantages majeur d’une ville intelligente est la création d’un écosystème favorable au développement du secteur économique. Plusieurs entreprises de services peuvent en profiter. C’est ce qui se passe en ce moment puisque la Wilaya d’Alger a lancée un appel à manifestation d’intérêt pour encourager de jeunes startups à proposer leurs applications et produits innovants au service des populations et de l’administration de la ville.

C’est un premier pas intéressant à suivre. Ce qui est sûr c’est qu’il y a un véritable engouement auprès des jeunes qui aimeraient développer leurs idées à travers des applications et produits innovants et rentables. Il ne faut pas croire que nous sommes coupés du monde, Dites-vous bien que des succes stories peuvent exister et peuvent devenir importantes du point de vue économique tout en augmentant le bien être des populations urbaines.

Retrouvez notre dossier " Alger Smart City : le rêve est-il permis ?" dans le numéro 125 de N'TIC magazine. 

 

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