Date : 23/11/2019
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31 août 2019 Rédaction Imprimer

E-commerce : Le business florissant des cartes de paiement électronique

Dans un écosystème numérique toujours embryonnaire, dépassé par la demande des internautes, les Algériens n’ont d’autres choix que de s’adapter pour consommer les contenus étrangers ou suivre les tendances numériques mondiales. Devant les difficultés à se procurer une carte de paiement en devise chez les banques algériennes, ou de procéder à des paiements en ligne sur des boutiques non répertoriées, au vu de la réglementation, ils n’ont d’autres choix que de recourir à des opérateurs d’un business qui ne cesse de fleurir.

 

 

Commande et livraison de cartes devises de banques européennes, rechargement de comptes en devises, fourniture d’abonnements à Netflix, BeinSport, Google Play ou encore PlayStation Network, achat de produits sur les sites de vente en ligne et leur livraison ... ces opérateurs, particuliers ou professionnels, répondent à des besoins de plus en plus importants de consommateurs qui butent à chaque étape sur une réglementation stricte.

 

Les cartes de devises ... le Graal

 

Une année après la promulgation de la loi régissant le commerce électronique, c’est-à-dire à la mi-2018, moins de 30 établissements publics, banques, opérateurs, compagnies de transports et assureurs - selon une liste de Bitakati - offrent des services, électroniques ou non, payables par voie électronique via une carte CIB. Ainsi, en Algérie, le paiement électronique n’est même pas généralisé à toutes les boutiques en ligne, en attendant le paiement par téléphone mobile, qui ne sera lancé qu’au premier semestre 2020, selon Madjid Messaoudène, l’administrateur du Groupement d'Intérêt Économique de la Monétique (GIE- Monétique) composé de plusieurs établissements financiers, dont la Banque d’Algérie et Algérie Poste.

 

Ce même responsable a fait savoir qu’ils étaient, en janvier 2019, 6,5 millions de porteurs de cartes dont plus de 5 millions de la carte Edahabia et plus de 1,5 millions de la carte CIB.

Les possesseurs de la seconde carte ne peuvent recourir à ce moyen de paiement que pour retirer du liquide d’un distributeur automatique (DAB) ou payer une prestation via un Terminal de Paiement Électronique (TPE). Ils ne peuvent aucunement payer une transaction en ligne auprès d’une entreprise non listée par le GIE- Monétique, encore moins un service à l’étranger.

Toutes les banques algériennes, publiques et privées, proposent des cartes de devises aux Algériens. Ces derniers peuvent choisir la devise et opter, selon celle-ci, pour une carte VISA ou MasterCard. Néanmoins, le coût de cette carte, ainsi que les conditions de son obtention, sont rédhibitoires selon beaucoup de jeunes algériens.

“Certaines banques exigent un montant minimal de 1000 euros à déposer sur le compte devises du client et un montant minimum 50.000 DA dans le compte courant. Les offres varient. Chez d’autres banques, les conditions sont encore plus compliquées puisqu’elles exigent un salaire minimum, assez élevé, et 2000, voire 3000 euros pour une carte nominative”, raconte Riad.  

Certains, grâce à leur débrouillardise, finissent quand même par avoir une carte VISA, en empruntant, notamment, la somme en devise exigée par la banque. La solution la moins coûteuse reste de commander, gratuitement ou pour quelques  euros, une carte étrangère, à l’instar de Payoneer ou Paysera.  

A partir de ce moment, un autre problème se pose: le rechargement de la carte. En raison de la réglementation bancaire, les Algériens ont droit à une allocation devise variant entre 100 et 120 euros par an qu’ils ne peuvent retirer qu’en présentant un justificatif de voyage. Les détenteurs de la carte VISA ou MasterCard devront ainsi se procurer cette devise auprès du marché noir, à un taux plus élevé que le taux bancaire.  

Pis encore, ils ne peuvent ni rapatrier un montant en devise sur leurs comptes ni le transférer sur une banque électronique étrangère, à l’instar de Paypal, dont la solution n'est pas présente en Algérie.

 

La solution à moins de 4000 DA

 

Pourtant, le besoin se fait ressentir, notamment chez les jeunes internautes, dont les jeux, les séries TV ou les voyages sont leurs principaux centres d'intérêt. Des internautes, détenteurs d’un compte bancaire à l’étranger, offrent la possibilité de recharger les comptes Payoneer, Paysera, voire même PayPal ou CashU en appliquant un taux de change légèrement plus élevé que celui du marché parallèle.

Peu à peu, cette offre s'est étendue à d'autres services en ligne, suivant la consommation des internautes Algériens. Mais au fait, comment ça marche ? Certains choisissent de publier des annonces sur Ouedkniss ou sur Facebook tandis que d'autres en font carrément un business.

Skander a eu recours à ces “prestataires” pour se doter d’une carte Paysera. “J’avais besoin d’une carte pour retirer mes devises à l’étranger. Les offres bancaires locales me semblaient chères. J’ai tenté de commander une carte prépayée par moi-même mais j’ai eu quelques soucis. J’ai décidé alors de recourir à ces prestataires”, a-t-il témoigné. 

L’un des acteurs les plus actifs dans ce business est “UzayShop”. La procédure est simple. Le coût est bas. “Un ami m’a conseillé de choisir ce prestataire”, poursuit Skander. Le service coûte 2900 DA. “Il faut verser 1900 DA par CCP pour entamer la procédure puis compléter les 1000 DA restants une fois la carte délivrée, quelques jours plus tard, en Algérie.

Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à choisir ces prestataires, au lieu de commander une carte chez Paysera par lui-même, Samir évoque plusieurs avantages. “Les offres les plus complètes vous proposent une “assistance technique”, un compte bancaire lié à une adresse domiciliée en Europe, ce qui permet une livraison plus rapide et la possibilité de recharger sa carte prépayée facilement, malgré un taux légèrement plus élevé”, énumère-t-il.  

Chez UzayShop, on semble être plutôt dépassé par le nombre de cartes commandées. Sur la page Facebook, les responsables de ce “business” annoncent, chaque deux semaines en moyenne, plus de 300 cartes délivrées par la banque Paysera. Le tri de toutes ces cartes prend, par contre, plusieurs jours.  

UzayShop n’est pas le seul opérateur de ce business. Il suffit de visiter quelques groupes Facebook ou quelques annonces sur OuedKniss pour tomber sur plusieurs prestataires, proposant à des prix variant entre 3000 et 3500 DA la commande et la livraison d’une carte Paysera entre 10 et 30 jours.

 

Netfix, eBay ou BeIn à portée de main ... l’arnaque aussi

 

A la commande et à la livraison de cette carte devise, s’ajoutent des offres de son rechargement. Les mêmes prestataires proposent ainsi de recharger les comptes bancaires des détenteurs de cette carte de paiement à un taux légèrement plus élevé que celui pratiqué dans le marché parallèle des devises, variant selon la somme demandée.  

La commande et la livraison de cartes prépayées de la banque Paysera ou autre, ne sont pas les seules offres de ces prestataires. “Je n’ai pas besoin de la carte Visa. Je voyage peu et j’effectue jamais de paiement vers l’étranger”, témoigne Hassen, jeune internaute passionné par les jeux vidéo et les mangas. “Je préfère alors payer directement un abonnement NetFlix, Google Play ou PSN (PlayStation Network) auprès d’un opérateur, qui s’occupe de toutes les démarches et recevoir les coordonnées du compte”. 

Ces opérateurs offrent également la possibilité de procéder à un achat sur un site de vente en ligne étranger, à l’instar d’AliExpress, eBay ou Amazon sans posséder une carte Visa. Notamment les acheteurs occasionnels. 

Ils sont nombreux à proposer un service “Echrili” (Achètes-moi) à travers lequel ils commandent, paient, reçoivent puis délivrent un produit déjà sélectionné par un client. “C’est plus simple que de se doter de toute une carte de devises pour quelques achats occasionnels. Parfois, on trouve des promotions alléchantes sur AliExpress et on commande le produit qui nous plaît auprès de ces opérateurs”, se réjouit Hamid, 36 ans. 

Si ces prestataires mettent fin aux problèmes de plusieurs clients et internautes, ils ne sont pas toujours à l’abri des arnaques. Ces activités ne sont pas régulées par la loi algérienne, toujours embryonnaire. “Je suis déjà tombé sur un abonnement jugé suspect par Netflix et le prestataire a dû me délivrer d’autres coordonnées”, poursuit Hassen. 

“En Algérie, rien n’interdit cette activité. Un vide. Par contre, le problème risque de se poser, avec une jurisprudence peut-être, lorsqu’une des parties se plaint”, explique Iheb Tekkour, spécialiste en Social Media & Digital Marketing et co-fondateur de Digitalex, entreprise spécialisée dans le développement de solutions Geo-marketing. 

Un business qui a de beaux jours devant lui, selon le même spécialiste. “Il faut travailler sur deux aspects. Il est nécessaire que les décideurs algériens autorisent à ces géants du web de s’installer en modifiant la réglementation. Il faut également aussi que les cartes VISA et le coût de la devise soient accessibles. Et là, c’est carrément l’économie qui change”.

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