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30 juillet 2017 Massyle Ait-Ali Imprimer

Alger Smart City : le rêve est-il permis ?

Alger Smart City : le rêve est-il permis ?

Les villes algériennes ont connu des changements profonds ces dernières années. La surpopulation des grandes villes, surtout la capitale Alger, engendrée notamment par les événements de la décennie noire qu’a connue le pays,  a généré une pression démographique difficilement maîtrisable.


Les pouvoirs publics ont pensé à un nouveau modèle de ville, après avoir prôné un moment la métropolisation comme modèle d’urbanisation. Ce dernier ayant montré ses limites, les villes nouvelles sont alors annoncées comme de nouveaux modèles pour la ville algérienne du futur, ces grands pôles urbains qui devaient faire baisser la pression sur les grandes villes, à l’image de Boughezzoul (Médéa) qu’on promettait nouvelle capitale pour l’Algérie.

Ce nouveau modèle était censé faire dans le rééquilibrage territorial : Transfert des populations du littoral surpeuplé plus au sud. A Alger,  à titre d’exemple, le but est de créer de nouvelles villes  tout autour de la capitale pour contenir les migrations de la population rurale, d’une part. De l’autre, redéployer les populations de la capitale vers ces nouveaux pôles urbains.

Mais ces grands projets tardent à se concrétiser et en cours de route ont perdu leur vocation de pôles d’excellence – censés recevoir les activités de production localisées dans les centres urbains- pour ne devenir que des chantiers de villes-dortoirs. Et l’austérité née de la chute des prix du pétrole depuis juin 2014 a imposé l’optimisation de gestion des ressources financières tout en offrant un cadre de vie agréable aux citoyens.

Emergence du concept

Et depuis, c’est un nouveau modèle de développement urbain qui est « vendu » sous le packaging de ville intelligente ou smart city. Le plan d’action du gouvernement Tebboune prévoit d’ailleurs expressément l'intégration de la notion de ville intelligente dans les projets de réalisation de villes nouvelles et de nouveaux pôles urbains.

Depuis une année les choses semblent s’accélérer autour de ce modèle qu’on veut appliquer à la capitale. Plusieurs séminaires et colloques ont été organisés depuis 2015 autour du  concept de villes intelligentes. 

Innovation et croissance économique, urbanisme et mobilité, gestion des ressources et infrastructure, le numérique et la gouvernance, sont autant de thèmes qui ont été abordés par des experts nationaux mais aussi étrangers. Ces derniers ont, à chaque fois, souligné la capacité des villes algériennes et notamment celle d’Alger à devenir des  villes intelligentes.  Alors c’est quoi une ville intelligente ?

Rééquilibrer le territoire

Ce concept est né il y a une dizaine d’années avec l’avènement des nouvelles technologies qui ont apporté des solutions aux problématiques engendrées par la croissance démographique urbaine, comme la mobilité des populations, l’accès aux services, la gestion des déchets etc. Le concept qui veut qu’une ville intelligente est celle utilisant les technologies de l'information et de la communication (TIC) pour « améliorer » la qualité des services urbains est développé dans le sens d’un « rééquilibrage » du territoire. 

Carlos Moreno, l’un des plus grands spécialistes des villes intelligentes, que nous avons rencontré à l’occasion de la Semaine Economique de la Méditerranée qui a été consacrée au thème  « Villes et territoires : Leviers de développement économique en Méditerranée »  pense qu’une ville intelligente est avant tout « humaine », c'est-à-dire qu'elle cherche à « privilégier la qualité de vie de ses habitants ».

« Le développement des sociétés et l’application de l’approche de la ville intelligente, que des puissances internationales œuvrent à concrétiser, ne nécessitent pas la mise en œuvre de systèmes intelligents uniquement, mais la prise en considération de moult facteurs, dont la préservation et la protection de l’environnement, la réduction de la pollution qui, elle aussi, requiert le développement des réseaux informatiques et de la recherche en énergies renouvelables afin de réduire l’exploitation de l’énergie fossile », soutient pour sa part le Pr. Mohamed Cheriet chercheur à l’université de Montréal lors d’un colloque organisé à Ouargla.

Une course aux Smart Cities au Maghreb

Alors quel modèle de ville intelligente pour l’Algérie ? Il n’existe pas de « modèle » de ville intelligente. Chaque ville a des défis auxquels elle fait face. Néanmoins, il faut noter qu’une « course » aux villes intelligentes est lancée au niveau du Maghreb où chaque pays rivalise d’idées et d’innovations pour les Smart Cities. Au Maroc, un appel à projets Smart city pour faire de Casablanca une ville intelligente et durable a été lancé au début de l’année en cours. Ce programme réunit la ville et un groupement de partenaires, composé de la RATP Dev, Inwi, Michelin, Lydec et LafargeHolcim Maroc, « autour d’un objectif commun: accompagner des entrepreneurs, aspirants entrepreneurs, étudiants, chercheurs, etc., pour concevoir des prototypes concrets de solutions innovantes au service de la ville de demain ».  Dans la ville de Tanger,  il est question de construire toute une cité intelligente. La «cité Mohammed VI Tanger Tech»,  sera  un pôle économique intégré à la ville de Tanger. Fruit d’un partenariat sino-marocain, la cité intelligente sera construite sur une période de 10 ans.

En Tunisie, c’est un tout autre schéma. Le  projet « Bizerte Smart City » a été l’initiative de la société civile qui a impliqué les autorités politiques. Une première conférence internationale autour de ce projet avait été organisée fin avril dernier. « Bizerte Smart City » consiste à créer un pôle de compétence régional dédié aux énergies renouvelables, créer un incubateur privé dédié aux startups dans le domaine des énergies renouvelables et des smart cities, ainsi que la création d’une zone industrialo-portuaire dédiée aux énergies renouvelables et l’implantation de nouvelles entreprises opérant dans les TIC à Bizerte.

De la planification à la phase d'exécution

En Algérie, Alger la capitale est bien partie pour être précurseur en la matière. Elle  a franchi un grand pas ces dernières semaines, en passant d'une phase de planification à une phase d'exécution dans sa stratégie Smart City, marqué par le lancement à la mi-juin d’un appel à collaboration à l’adresse des différents acteurs de la chaîne de valeur Smart City (Startups, Laboratoires R & D, fournisseurs de solutions, vendeurs, Universités, cabinets conseils, cabinets d'avocats, etc.) en vue d’obtenir des informations et commentaires notamment sur leur implication générale et leur expertise dans le développement de solutions Smart City, leurs conception et de priorités pour le projet, leurs solutions techniques et commerciales et leurs points de vue sur la meilleure façon de s'associer avec la Wilaya d'Alger, en termes de conception et de déploiement du projet Alger Smart City.

Par ailleurs, la wilaya d’Alger a organisé en avril dernier une journée dédiée au développement de l’écosystème de startups, dénommée « Algiers Startup Conference », rehaussée par la présence de l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal.

Algiers Startup Conference a réuni des startups installées notamment au Cyberparc de Sidi Abdallah ainsi que les collectivités locales, les opérateurs économiques, les organismes de financement, d’accompagnement et de développement et ce en plus des porteurs de projets et des universités.

La wilaya d’Alger avait mis en perspective les différentes interactions entre la ville d’Alger et ces startups innovantes pour propulser efficacement le développement des services en milieu urbain, ainsi que l’amélioration de l’inclusion des compétences techniques locales dans les politiques de la ville.

Quelques jours plus tard, plusieurs conventions ont été signées dans le cadre de la transformation de la capitale en ville intelligente. Il s’agit, entre autres, d’une convention entre l'entreprise des eaux et assainissement d’Alger SEAAL et la startup « Acquasafe » qui  a développé un dispositif permettant de contrôler la qualité des eaux usées déversées par les usines. Une autre convention conclue entre les deux startups "KBM" et "AFind" concerne quant à elle la conception de systèmes et plateformes informatiques pour améliorer le système de santé à Alger. 

Un environnement plus favorable à l’avenir

Ces avancées dans la mise en oeuvre du projet interviennent, faut-il le souligner, alors que le plan d’action que le gouvernement Tebboune a soumis dernièrement à l’Assemblée populaire nationale (APN) prévoit la poursuite de la modernisation de l'administration publique et le renforcement de la qualité du service public.

Cela va se traduire, promet le Premier ministre Abdelmadjid Tebboune, par le lancement prestations innovantes, telles que le self-service au sein des services administratifs à travers des bornes automatisées de distribution de documents administratifs et les prestations à distance utilisant les procédés de certification et de signature électroniques. Il s’agira en outre de  mettre en service le projet « E- commune », dont la totalité de son périmètre de gestion sera informatisé. « La commune sera la cellule de base du projet de l'Administration électronique. Ce projet s'appuiera sur l'interconnexion de la commune à tous ses services et partenaires à travers des systèmes d'information intégrés. Il sera à la base d'un écosystème favorable à l'innovation et à la réalisation de « l'E-Administration », dans un schéma intersectoriel global », promet le Premier ministre.

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