Date : 18/07/2019
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17 janvier 2019 Rédaction Imprimer

«Le GIE Monétique prévoit de lancer le M-Paiement en 2019»

Madjid Messaoudène, l’administrateur du Groupement d’Intérêt Economique GIE Monétique fait le bilan du paiement électronique en Algérie, deux ans après son lancement et annonce des projets pour 2019. « L’année 2019 pour la monétique sera l’année de de l’explosion de l’e-paiement, de l’avènement du mobile paiement et de la banque digitale », promet-il. Entretien.

 N’TIC Magazine : Qu’est-ce que le GIE Monétique ?  

Le Groupement d’Intérêt Economique Monétique, communément appelé « GIE Monétique », est une entité communautaire qui, dans le cadre de ses missions statutaires, intervient dans la régulation du système monétique interbancaire. Ceci se concrétise par la mise en place des règles de fonctionnement de ce système, opposables à tous les membres adhérents et la supervision de l’ensemble de l’activité monétique interbancaire.  Il pilote aussi des actions communautaires telles que la lutte contre la fraude, la sensibilisation à l’utilisation des moyens de paiement électronique, la formation et la communication.

Il est composé de 19 membres adhérents dont les 18 banques qui composent la place bancaire nationale ainsi qu’Algérie Poste. La Banque d’Algérie y participe également en tant que membre non adhérent pour s’assurer de la sécurité des systèmes et des moyens de paiement ainsi que de la production et de la pertinence des normes applicables en la matière.

N’TIC : Quel est le contexte de sa création ?

La mise en place d’un système de paiement électronique efficient est une des priorités des pouvoirs publics algériens. Elle fait partie des outils de modernisation du système bancaire, à l’instar du système de télé-compensation des instruments de paiement de masse.  

La création du Groupement, en juin 2014, est venue appuyer cette démarche stratégique visant la régulation du système monétique interbancaire et la définition des missions et des attributions de l’ensemble des acteurs de ce système.

N’TIC : Quel bilan faites-vous de l’e-paiement, deux ans après son lancement ?

Le bilan est tout à fait positif du moment où les pratiquants de l’activité du commerce électronique se multiplient de jour en jour. Vous remarquerez qu’il y a deux années de cela, la place commerciale ne comptait qu’un établissement en plus de quelques webmarchands.

Aujourd’hui nous avons recensé, au 30 novembre 2018, quelques 23 établissements. Des demandes d’accréditation de plateformes de e-commerce sont en cours d’étude au niveau des banques.  

En plus des grands facturiers qui, aujourd’hui, facilitent au citoyen le règlement de ses factures et redevances qu’il peut effectuer à distance, la loi sur le commerce électronique est venue mettre en place les règles devant encadrer cette activité.  

Le GIE Monétique est investi de réguler ce canal de paiement et préserver la sécurité des transactions réalisées par cette voie.

 N’TIC : Quels sont les prochains grands facturiers qui seront mis dans la boucle de l’e-paiement, les établissements hôteliers ?  

Oui, mais pas seulement. Nous envisageons à travers une panoplie de produits et services spécifiques offrir à travers nos membres adhérents qui sont les banques et Algérie Poste, des instruments, des dispositifs, des solutions de paiement électronique. Les grandes surfaces et moyens commerces d’abord en leur proposant des solutions de monétique intégrée et des solutions de TPE adaptés (mPOS). Nous mettrons en place également de nouvelles fonctionnalités sur les DAB/GAB permettant aux clients, au-delà du simple retrait d’argent, de payer des factures, de recharger leurs téléphones mobiles, d’opérer des transferts d’argents de personne à personne, etc., autant de services que nous mettrons à disposition des clients, afin de leur assurer un confort maximal dans l’exécution des opérations qu’ils auront à effectuer.  

N’TIC : Quel est le nombre de transactions réalisées (par TPE et Internet) à ce jour ? 

Nous avons recensé, au 30 novembre 2018, pas moins de 164.729 transactions dans les secteurs des télécoms, le transport, les assurances, l’électricité/eau et les services administratifs. Un chiffre en progression de plus de 34% par rapport à 2017. 

N’TIC : A-t-on atteint la masse suffisante de cartes de paiement en circulation pour prétendre à une généralisation de l’e-paiement ?

Le processus de généralisation de cartes de paiement est en cours, actuellement, au niveau des banques et Algérie Poste. Nous comptons aujourd’hui plus de 6,5 millions de porteurs de cartes dont plus de 5 millions de la carte Edahabia et plus de 1,5 millions de la carte CIB. Ces chiffres enregistrent une tendance haussière du fait des actions menées par le réseau des adhérents (Banques et Algérie Poste) d’adosser à chaque compte une carte.

Vous conviendrez avec nous que le nombre de porteurs justifie amplement le développement de ce canal de paiement à distance.

N’TIC : L’obligation faite aux commerçants de s’équiper de TPE a été renvoyée à décembre 2019. N’est ce pas une contrainte de plus à la généralisation du paiement électronique ?  

Ce report est, à notre avis, une aubaine et pour les commerçants et pour les banques. En effet, le développement de l’écosystème monétique nécessite encore du temps pour qu’il soit développé, et ce, pour plusieurs raisons. Il s’agit surtout d’assurer la disponibilité des TPE. Il est intéressant de rappeler que des entreprises nationales se sont engagées pour se lancer dans la fabrication de ces terminaux en Algérie ; avec le montage comme première phase pour passer, progressivement, à des taux d’intégration plus conséquents. Aussi, la période d’adaptation des commerçants aux nouveaux produits nécessite un délai d’acclimatation aux nouveaux réflexes et habitudes liés au processus de paiement auquel ils ne sont pas encore suffisamment préparés. Il faut noter aussi que de plus en plus de startups se créent et s’attèlent à développer des applications et des logiciels destinés pour le système monétique. Des sociétés intervenant dans le développement du réseau monétique interbancaire telles que les installateurs de TPE et les mainteneurs du premier degré, allant de l’échange standard du TPE en cas de panne jusqu’à l’assistance des commerçants, sont en train de se développer. Tout ceci nécessite du temps.  

N’TIC : Pourquoi selon vous les commerçants rechignent-ils à s’équiper en TPE ?  

La nature humaine a tendance à toujours rejeter ce qui est nouveau et inhabituel et notamment lorsqu’il implique des changements dans les méthodes de travail, les habitudes et le comportement. Un travail de communication colossal s’impose pour instaurer la nouvelle culture et vulgariser les privilèges qu’offrent les moyens de paiement modernes. Il s’agit aussi de développer l’écosystème pour mettre les commerçants en confiance à l’égard des changements qui viennent restructurer ce dernier.

N’TIC : Est-ce l’aspect sécurité qui rebute et les consommateurs et les opérateurs économiques ?  

Effectivement, la question est pertinente. Comme vous n’êtes pas censé l’ignorer, la monétique vient tout juste d’amorcer sa vitesse de croisière. Comme vous le savez, tout projet nouveau nécessite des ajustements et des réglages au fur et à mesure de sa mise en exploitation, car il est clair qu’il s’agit d’un nouveau produit qui va venir étayer la gamme de services des banques offerts aux clients.  

Ceci dit, vu le nombre moyen des transactions électroniques par rapport au nombre de porteurs de carte bancaire, la gestion du risque porteur ne constituait pas la priorité des gestionnaires. La montée en puissance du nombre de porteurs et la multiplication des transactions nous ont naturellement poussés à agir pour encadrer les transactions, en mettant en place des règles et des normes qui s’appuieront sur un dispositif organique et fonctionnel de lutte contre la fraude monétique. P

arallèlement, nous avons œuvré également à poursuivre le développement de règles et des normes particulières destinées à préserver la sécurité du système monétique interbancaire et le protéger contre toute vulnérabilité éventuelle. A ce jour, les banques n’ont pas enregistré de cas de fraude déclarée, la plateforme de paiement interbancaire étant aux normes internationales et standards universels de sécurité.

Cet état de fait, n’a pas empêché les banques d’engager une veille continuelle ainsi qu’une mise à niveau sécuritaire de leurs systèmes de manière à ce qu’ils soient constamment en conformité aux normes internationales. En effet, les cartes utilisées actuellement sont conçues conformément aux normes EMV, c’est-à-dire répondant aux normes de sécurité internationalement reconnues par la communauté monétique mondiale.

Les clients qui se présentent chez des commerçants doivent obligatoirement, aux yeux de la loi, se voir proposer la possibilité de régler leurs achats par moyen électronique et donc avec leur carte sur un TPE. Actuellement seulement 17000 TPE ont été installés sur un potentiel de 1,5 millions de commerçants.  

Afin que les commerçants adoptent le paiement par carte, il est primordial d’engager des actions de sensibilisation et de communication envers ces acteurs incontournables de l’écosystème monétique. Ceci doit se faire en leur réservant une attention particulière notamment par la communication et la sensibilisation sur les avantages qu’apporte ce mode de paiement.  

N’TIC : Ne pensez-vous pas que le passage vers le mobile est à même de booster la généralisation de l’e-payment ?

C’est l’un des axes de développement pour lequel les acteurs de la monétique intensifient la réflexion. La recherche de nouveaux moyens pour permettre de rendre les transactions financières plus simples, plus rapides, sans pour autant sacrifier la sécurité de la circulation monétaire.

Depuis l’introduction de la carte, l’évolution des moyens de paiement ne cesse de suivre celle des technologies numériques. Le téléphone portable, puis le smartphone se sont imposés au fil des années comme des dispositifs susceptibles de renouveler -voire remplacer- et de rendre plus efficaces les moyens de paiement disponibles.

Dans la société algérienne, l’économie et les systèmes de paiement nationaux sont fortement dominés par l’usage de l’argent liquide, notamment pour les transactions P2P (Person To Person), C2B (Consumer To Business) et même B2B (Business To Business), B2G (Business-to-Government) et P2G (Person-to-Government). 

Ceci entraine de nombreuses inefficacités économiques et engendre des coûts de traitement considérables. Ajoutez à cela, une incapacité à tracer tous les flux transactionnels qui, souvent, circulent dans l’économie informelle. C’est pour cela que les paiements électroniques constituent une des réponses efficaces pour diminuer l’usage du cash.

L’intérêt porté sur le téléphone mobile comme dispositif de paiement est justifié par le taux de pénétration de cet outil, de la couverture géographique nationale à laquelle sont arrivés les opérateurs de téléphonie mobile et de l’aisance de son utilisation comme moyen de communication et de loisirs.

Ces trois éléments positionnent le téléphone mobile comme le moyen le plus privilégié pour l’inclusion financière. Les spécifications fonctionnelles adaptées au contexte algérien sont finalisées. Le projet sera lancé courant 2019.

 N’TIC : Donc le m-paiement c’est pour 2019 ?

 Oui, en effet. Le « m » dans m-paiement fait référence au mobile. Le Groupement, toujours dans sa perpétuelle quête d’innovation et de diversification des modes de paiement, prévoit de lancer ce qui communément appelé : mobile paiement ou M-Paiement tout court. Cela nous anime pour être toujours à l’avant-garde en termes de diversification des produits et services monétiques que la place bancaire peut offrir à nos concitoyens.

Aujourd’hui, l’offre monétique, quand bien même circonscrite à l’émission et l’acceptation d’une carte de paiement, est loin de répondre aux besoins de la clientèle tant chez les particuliers que chez les professionnels.

Le GIE Monétique compte lancer ce service qui permettra d’effectuer des opérations de paiement en utilisant un téléphone mobile. Ces opérations concerneront aussi bien les paiements de proximité chez les commerçants pour effectuer divers achats, que ceux sur Internet, tranquillement depuis son ordinateur chez soi.  

N’TIC : En 2018 il y a eu la promulgation de la loi sur le commerce électronique. L’e-paiement « restreint » ne constitue pas une entrave pour cette activité ?  

D’abord, l’e-paiement n’est nullement restreint. Les webmarchands commencent à s’organiser pour se mettre en conformité avec les nouvelles dispositions édictées par la loi sur le e-commerce. Des activités nouvelles naissent dans le domaine de l’hébergement des sites web, de la conception de sites dynamiques et interactifs, du développement d’applications mobile, etc. Etant encadré au plan règlementaire et de la maitrise croissante de la sécurité, le commerçant sera de plus en plus rassuré sur la sécurité des transactions effectuées par ce canal. Le GIE Monétique est confiant et optimiste et se risque même à dire que les transactions électroniques ne feront que se multiplier au regard de la facilité et du confort que ce mode de paiement offre aux porteurs de carte pour s’acquitter de leurs redevances et leurs achats. Ce n’est qu’une question de temps.   

N’TIC : Le mot de la fin ? 

Le progrès que connaitra la monétique de manière générale en 2019 s’annonce prometteur. Nous verrons de nouveaux produits et nous assisterons à un essor palpable. L’année 2019 pour la monétique sera l’année de de l’explosion du e-paiement, de l’avènement du mobile paiement et de la banque digitale.

Ayons confiance en nous et ayons confiance en nos potentialités. Je demeure très confiant et optimiste.

 

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